Maroc : Comment le ministre Amara sacrifie l’environnement sur l’autel de ses inimitiés

Maroc : Comment le ministre Amara sacrifie l’environnement sur l’autel de ses inimitiés

En 2016, le Maroc accueillera la 22e Conférence des Parties à la Convention-cadre sur les changements climatiques (COP22). Si cette manifestation concrétise les efforts du Royaume en matière d’environnement, elle cristallise également les tensions qui règnent entre le ministre de l’Énergie Abdelkader Amara et la ministre déléguée chargée de l’Environnement Hakima El Haite. Une mésentente notoire qui voit l’environnement souffrir d’un manque de considération néfaste de la part d’Amara, sapant au passage le travail mené par sa ministre de tutelle.

Pression, coups bas, El Haite dans le viseur du ministre Amara

C’est le 12 décembre dernier, à Lima lors de la 20ème Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (COP20) que la candidature du Maroc pour l’organisation de la COP22 a été validée par l’Assemblée Générale de la manifestation. Un événement de haute importance sur la scène internationale qui succédera à la COP21 que doit accueillir Paris cette année.

La Conférence climat du Maroc fait montre d’une grande volonté du pays de prouver son engagement en faveur de l’environnement et de participer au processus mondial mis en œuvre pour combattre les dérives climatiques. Si la nécessité d’un rendez-vous comme la COP22 fait facilement son chemin, elle est de plus en plus contrariée par le ministre de l’Énergie lui-même, Abdelkader Amara, qui n’hésiterait pas à qualifier la COP22 de « stupide et inutile » au gré de ses dîners en ville. Des propos qui, au-delà de remettre en cause le bien-fondé de la manifestation, se nourriraient des querelles qui agitent en ce moment les rapports qu’entretiennent Amara et la ministre déléguée à l’environnement Hakima El Haite.

D’après le site Al Akhbar, ces tensions trouveraient leurs origines dans une guerre que livrerait actuellement le Parti de la justice et du développement (PJD) dont fait partie Amara au Mouvement populaire (PM) auquel est liée Hakima El Haite. Le PJD lorgnerait en effet sur quelques portefeuilles ministériels, notamment celui de la Jeunesse et des Sports détenu par le MP jusqu’à l’éviction début janvier de Mohammed Ouzzine. Ce dernier fut dévoué de ses fonctions par le roi Mohammed VI après avoir essuyé de vives polémiques durant la dernière Coupe du Monde des clubs de la FIFA (phrase trop longue). En cause, les mauvaises conditions dans lesquelles se sont notamment déroulées les quarts de finale disputés à Rabat.

L’affrontement qui oppose le PJD au MP place la ministre El Haite dans la ligne de mire d’Amara. Le ministre s’évertue ainsi depuis quelques semaines à ralentir l’action de celle qui occupe également le poste de Présidente de la Commission des relations internationales. Selon des sources entendues par Al Akhbar, le ministre de l’Énergie mettrait un point d’honneur à évincer El Haite de son équipe et n’hésiterait pas à recourir aux manœuvres les plus discutables pour parvenir à ses fins. Coupes dans les budgets alloués à l’environnement, retard dans les paiements des prestataires, annulation des subventions destinées aux associations agissant dans le secteur de l’environnement, les coups provenant du camp Amara sont durs et visent à fragiliser le mode opératoire et le travail mené par la ministre El Haite. Plus qu’une simple inimitié causée par la collaboration forcée de deux partis adverses, Amara est hostile à la façon dont El Haite gère son ministère et semble n’éprouver aucun intérêt pour l’environnement.

Avec la COP22, le Maroc affirme ses ambitions en matière de transition écologique

Alors que le ministre Amara dépense son énergie à mettre des battons bâtons dans les roues d’Hakima El Haite, tentant de dépouiller le secteur de l’environnement de toute perspective positive, cette dernière s’efforce de répondre de manières efficiente aux problématiques environnementales qui se posent aujourd’hui pour l’ensemble de la planète. Celle qui fait partie des femmes les plus influentes du monde arabe selon le magazine « Sayidity » et qui fut nommée au poste de ministre déléguée chargée de l’Environnement par le Roi Mohammed VI en 2013, met aujourd’hui son expérience au service de l’Écologie et ambitionne de placer le Maroc en première ligne dans la lutte internationale qui s’organise contre les changements climatiques. C’est en ce sens que la COP22 trouve toute sa légitimité.

«Lima est la COP des négociations, Paris est celle des décisions», déclarait la ministre déléguée lors de la Conférence de Lima, ajoutant que la COP22 prévue au Maroc, sera «la Conférence de l’action». La ministre n’a pas manqué de rappeler lors de cet événement que l’enjeu n’était pas seulement environnemental mais également économique puisque les moyens mis en place pour combattre les dérives climatiques vont déboucher sur une vague importante de création d’emplois et cette dynamique de société responsable dans laquelle s’engage le Maroc marque une étape forte dans le développement du pays. « Le Maroc, grâce à l’impulsion de SM le Roi Mohammed VI, croit fermement que l’inscription dans la transition écologique permet de nous rendre meilleur, pour construire un monde meilleur et un modèle de développement durable », assure la ministre.

Grandement menacé par les changements climatiques, le continent africain doit chaque année composer avec des épisodes de sécheresses extrêmes alternant avec des inondations mortelles, il se retrouve donc directement concerné par les questions écologiques. Ce nombre de catastrophes en constante augmentation est mis en avant par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) qui tire régulièrement la sonnette d’alarme. Avec l’organisation de la COP22, le Maroc affiche ses responsabilités et choisit durant quelques jours de devenir l’épicentre des négociations en termes de protection de l’environnement.

Quand Hakima El Haite bataille pour mettre sur pied les actions nécessaires afin de positionner l’écologie au cœur des priorités du gouvernement marocain, elle doit en plus déjouer les manigances censées la faire échouer, attaques perpétrées par un Amara empli de vengeance et de ressentiments. Espérons que le bon sens l’emporte in fine dans cette discorde qui prive aujourd’hui le Maroc des ressources et de la marge de manœuvre requise pour être à la hauteur de l’urgence écologique mondiale.

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