France – Djibouti : un partenariat renouvelé ?

France – Djibouti : un partenariat renouvelé ?

Les liens entre Djibouti et la France sont pour le moins distendus depuis une dizaine d’années, et ce malgré une indépendance tardive (1977). La faute à qui ? A la France selon le président Ismaïl Omar Guelleh qui s’est récemment plaint de l’attitude timorée de Paris. Des reproches qui ont fait réagir le ministre français de la Défense qui se dit prêt à se rendre dans la Corne de l’Afrique afin d’aplanir les mésententes. Un déplacement utile qui ne pourra pas faire oublier que Djibouti a privilégié plusieurs de ses autres partenaires au détriment de la France au cours des dernières années.

Des relations insatisfaisantes pour tous

La presse française a beau avoir des difficultés, quand une personnalité d’importance utilise ce canal médiatique, l’information ne tarde pas à remonter dans les ministères. C’est exactement ce qui s’est produit avec l’interview du président djiboutien accordée au magasine Jeune Afrique début février. Un long entretien dans lequel Ismaïl Omar Guelleh déplore le peu de considération des autorités françaises à l’égard de son pays. Une absence de la France surprenante et préjudiciable à plusieurs titres.

Tout d’abord, la France a toujours fait en sorte de cultiver ses liens avec ses anciennes colonies. A telle point qu’elle est encore taxée de pratiquer une politique « France-Afrique » pas toujours très claire. Djibouti peut être considéré comme un cas particulier, car malgré la présence de l’importante base aérienne 188 sur le sol djiboutien, les liens économiques et culturels sont peu à peu tombés en désuétude.

Pourtant, la situation géographique du pays en fait un hub d’une importance capitale pour tout Etat qui souhaite garder une influence sur la Corne de l’Afrique et dans le Golfe d’Aden. La région est incroyablement instable mais abrite un commerce maritime extrêmement dense. Mettre un pied sur ce petit coin de terre africain est une nécessité pour toute puissance étrangère à l’agenda politique chargé. C’est ainsi que les Etats-Unis ont ouvert une base militaire en 2002 tout comme l’Allemagne dont l’armée ne prend jamais part à des opérations de guerre sur des théâtres étrangers. Mieux encore, le Japon –pourtant repu de militarisme depuis la Seconde Guerre mondiale – dispose d’une base militaire qui pourrait prochainement grossir en vue d’opérations directes contre Daech (à la suite du meurtre de deux de ses ressortissants).

Djibouti attire les pays capables d’entretenir des troupes à l’étranger et même si l’armée française voit régulièrement ses effectifs diminuer – 7 500 emplois vont finalement être préservés sur les 25 000 suppressions prévus d’ici à 2019 –, elle peut et doit jouer un rôle plus important dans une région décidément pivot dans la lutte contre le terrorisme. La prochaine visite de Jean-Yves le Drian à Djibouti revêt donc une importance stratégique, mais au-delà d’une coopération militaire et sécuritaire profitable à tous, il serait également bon de réactiver des liens économiques quelque peu délaissés.

La Chine croque tout

Comment expliquer que les entreprises françaises ne trouvent plus à Djibouti un accueil très favorable ? La principale raison est l’apparition de la Chine et de ses moyens financiers colossaux. L’Empire du Milieu mise depuis plus d’une décennie sur l’essor du continent africain et sa présence a finalement atteint les portes du petit Etat de la Corne de l’Afrique. Les relations commerciales entre la Chine et l’Afrique ont été multipliées par 700 % entre 1999 et 2013 et représentent aujourd’hui plus de 200 milliards d’euros par an. Un chiffre édifiant. Complètement dépassée, la France voit son influence d’antan rangée dans l’antichambre de l’Histoire avec des parts de marché sur le continent africains qui sont passées de 10% en 2000 à moins de 5 % en 2011. Djibouti ne fait pas exception, mais il semblerait que là, les autorités ne soient pas entièrement étrangères à ce recul de la France. Tous les plus importants contrats et marchés publics ont été attribués à des compagnies chinoises quand bien même l’offre française était au moins aussi bonne. La rénovation longue de quatre ans du Palais du peuple opéré par des entrepreneurs chinois et célébrée en grande pompe par les deux pays il y a un an symbolise l’effacement de la France au profit du concurrent asiatique.

Ismaïl Omar Guelleh et son gouvernement ne font pas exception en se rapprochant de manière spectaculaire de la Chine. Il faut dire que les deux pays ont une conception assez proche des droits de l’homme. Concept flou pour deux Etats qui ne font pas figure de modèles. En tout cas, le commerce sino-djiboutien s’en porte bien. Là où le bât blesse (le plus) c’est que les bonnes relations entre Paris et Djibouti sont presque devenues « unfriendly ». Le dernier ministre français à s’être rendu à Djibouti est Michèle Alliot-Marie. C’était en 2004. Une éternité sur une scène diplomatique et commerciale chargée. La France a-t-elle encore les moyens de rester incontournable dans le pays d’Omar Guelleh ? Oui, à condition qu’elle se rende utile au développement économique de Djibouti. Une mission que le ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian ne peut accomplir seul. Les contacts entre hommes d’affaires des deux pays doivent être pris à l’occasion de la visite des officiels français, mais c’est surtout loin des caméras que s’écrira la nouvelle relation France-Djibouti. Les médias peuvent être un vecteur d’alerte, le temps est aujourd’hui à la diplomatie (économique).

Bertrand Levanat

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