Djibouti : vers un 4e mandat pour Ismaïl Omar Guelleh

Djibouti : vers un 4e mandat pour Ismaïl Omar Guelleh

Le petit Etat de Djibouti, niché dans la Corne de l’Afrique se prépare à vivre une élection présidentielle en avril 2016. Le scrutin a longtemps été espéré par l’opposition après des déclarations de l’actuel président jurant qu’il ne se représenterait pas pour un nouveau mandat, mais Ismaïl Omar Guelleh est finalement revenu sur ses propos et portera les couleurs de son parti (le Rassemblement Populaire pour le Progrès)  dans une élection qui lui semble déjà acquise. Une continuité politique impressionnante qui n’est pas pour déplaire à des partenaires internationaux soucieux de préserver de bonnes relations avec un Etat si particulier.

Une élection comme simple formalité

Ismaïl Omar Guelleh est un président populaire. C’est en tout cas le message que les autorités djiboutiennes souhaitent faire passer auprès de la presse internationale. Elu une première fois à la présidence en 1999, M. Guelleh a procédé à un changement de Constitution pour pouvoir se présenter devant les électeurs à l’issue de son deuxième mandat entamé en 2005. Après avoir affirmé dans les colonnes de Jeune Afrique en 2011 qu’il effectuait alors son troisième et dernier mandat, il a finalement fait le choix de poursuivre son action à la tête du pays comme la norme suprême l’y autorise désormais. Une annonce à quatre mois du scrutin qui ne surprend pas une opposition qui a bien du mal à exister politiquement.

Le scrutin approche à grands pas et l’opposition n’est pas prête à faire campagne, engluée des tracas policiers et administratifs qu’elle essaie de dénoncer avec force. Les nouvelles mesures prises par le pouvoir fin novembre en réponse aux attentats de Paris et de Bamako étant perçues comme un nouveau moyen de réduire au silence une opposition déjà bien mal en point. Ismaïl Omar Guelleh est assuré d’être réélu et le seul vrai faux suspens est de savoir avec quel pourcentage le président en exercice sera conforté dans sa fonction. Battre le score de 94 % réalisé en 2011 sera bien difficile, mais le pouvoir met en avant les efforts faits dans le domaine des infrastructures pour convaincre la petite minorité de Djiboutiens qui n’a pas succombé aux sirènes du Rassemblement Populaire pour le Progrès.

Une économie teintée de présence militaire étrangère

Il est vrai que les réalisations et projets poussent comme des champignons dans ce pays idéalement situé géographiquement. Faisant face à la péninsule arabique, des milliers de bateaux marchands empruntent le détroit de Bab-el-Mandeb avant ou après avoir passé le Canal de Suez plus au nord en Egypte. Le port de Djibouti connaît des extensions incessantes pour accueillir le commerce régional et international, mais pas seulement. Une partie du nouveau port sera destiné à la construction d’une base navale sous pavillon…chinois.

La première base navale de la Chine en Afrique. Le ministre djiboutien de la Défense a assuré qu’elle serait opérationnelle en 2017. Une base comme symbole des relations au beau fixe entre Djibouti et un partenaire chinois qui s’est imposé dans ce pays au détriment des alliés traditionnels que sont les Etats-Unis et la France. La Chine pourra plus aisément patrouiller dans des eaux où la piraterie constitue un problème majeur. L’instauration d’une telle base est un nouvel élément qui vient renforcer l’idée selon laquelle la Chine est aujourd’hui le principal partenaire du régime djiboutien. Les contrats se multiplient entre les deux pays et les entreprises occidentales sont laissées sur la touche. Mais Ismaïl Omar Guelleh n’est pas novice en politique internationale et sait ménager les grandes puissances et en premier lieu les Etats-Unis dont le bail de la base militaire Camp Lemonnier a été renouvelé pour une période de dix ans en 2014. Une présence jugée indispensable par les forces américaines qui lutte contre le terrorisme, mais qui se paye tout de même au prix fort puisque l’Oncle Sam devra débourser 63 millions de dollars chaque année contre 38 millions auparavant.

Cette position stratégique de Djibouti lui évite aussi certaines critiques concernant le jeu politique qui s’y déroule. Washington est en effet moins prompt à émettre des avis négatifs comme il le fait au sujet du Rwanda ou du Congo. Le président Guelleh l’a bien compris et en use en qualité d’habile politicien.

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