En Thaïlande, les abus de pouvoir et l’esclavage salarié se développent

En Thaïlande, les abus de pouvoir et l’esclavage salarié se développent

On ne compte plus les abus de pouvoir dont la junte militaire se rend coupable en Thaïlande, pays qui risque de se transformer en une sorte de « dictature ordinaire », les droits de l’homme étant systématiquement bafoués depuis le coup d’Etat de mai 2014. Cela n’empêche pourtant pas le tourisme de s’y développer. 29 millions de personnes auront visité ce pays asiatique en 2015, et l’auront très probablement quitté sans constater que ce paradis est en train de devenir un véritable enfer pour les 67 millions de Thaïlandais qui doivent faire face à un régime ultra-autoritaire. L’information y est contrôlée, la presse est muselée, la liberté sur Internet est inexistante. Dans un pays où la notion de l’indépendance de la justice a complètement disparu, le crime de lèse-majesté est invoqué à tour de bras, les manifestations sont interdites et les opposants politiques peuvent être l’objet d’un « ajustement d’attitude », qui ne les empêchera pourtant pas d’être arrêtés ou torturés plus tard.

Séances d' »ajustement d’attitude » en pagaille

Depuis le coup d’Etat, des centaines d’activistes, journalistes et intellectuels ont en effet été sommés de participer aux séances d’« ajustement d’attitude » que la junte organise afin de neutraliser ses opposants. Officiellement, les convocations sont de simples invitations, mais en réalité tout refus de coopérer peut entraîner des réprimandes, menaces et intimidations sévères. De fait, toute personne invitée à participer aux séances qui se trouverait dans l’impossibilité de s’y rendre risque une amende pouvant dépasser 1 000 euros et jusqu’à deux ans d’emprisonnement.

La durée des séances peut varier de quelques heures à sept jours en fonction des résultats que la junte croit pouvoir obtenir. Les participants peuvent ainsi être détenus sans charge plusieurs jours, période pendant laquelle ils peuvent être interrogés dans un centre de détention militaire, ou être tout simplement retenus dans une petite cellule sombre et solitaire. Là encore, tout dépend des « progrès » que la junte peut constater chez les participants. Dans tous les cas, avant de quitter la séance, les invités devront signer un document dans lequel ils s’engagent à abandonner toute activité politique d’opposition. En cas de non respect de cet engagement, ils pourront être traduits devant la justice et se voir limiter ou interdire l’exercice de certaines activités financières. Comme il n’est que trop aisé de l’imaginer, ces fameuses séances d’ajustement d’attitude ont été l’occasion de nouvelles exactions. Certains participants ont été retenus pendant plus de 25 jours, ils ont été torturés et se sont vu extorquer de faux aveux.

Explosion de l’esclavage salarié

Mais les privations de libertés ne sont pas le seul mal dont la junte thaïlandaise est capable. Elles sont accompagnées d’une politique économique désastreuse qui, tout en conduisant le pays droit dans le mur, laisse dégrader les conditions de vie et de travail. C’est ainsi que l’esclavage salarié se développe en Thaïlande sous l’œil complice du pouvoir. Dans une enquête publiée le 13 décembre dernier, l’agence de presse américaine Associated Press accuse le gouvernement thaïlandais d’avoir délibérément ignoré le travail forcé dans des ateliers de production de crevettes. Pour l’agence de presse américaine, si la Thaïlande figure parmi les plus gros exportateurs de crevettes du monde, elle le doit aux « bas coûts de production résultant des conditions de travail déplorables ». 

Pour l’Associated Press, le marché d’exportation de fruits de mer, qui pèse quelque 7 milliards de dollars en Thaïlande, est en grande partie constitué d’« esclaves des temps modernes ». Il s’agit de migrants pauvres, parfois mineurs, vendus aux capitaines des bateaux qui les obligent à travailler dans des conditions inhumaines en les menaçant de les dénoncer aux autorités en cas de refus. Si le phénomène n’est pas nouveau, il se développe en toute impunité depuis le coup d’Etat de 2014 et serait alimenté par la corruption et la complicité de certains éléments au sein de la police et des autorités. Le rapport de l’Associated Press précise également que les rares interventions de la police conduisent souvent à l’incarcération des travailleurs en situation illégale, tandis que les propriétaires s’en tirent sans sanction.

La Thaïlande a tout pour être un pays florissant. Une situation géographique et un espace maritime exceptionnels, des entreprises innovantes et une population dynamique. Comment empêcher les militaires d’instaurer une terreur pseudo-démocratique aux conséquences néfastes incalculables ? L’Union européenne détient sans doute un élément de réponse avec les sanctions internationales, qu’elle n’hésite pas à dégainer à l’encontre de pays parfois moins autoritaires. 

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