Grèce : après une année à vide, le temps des réformes ?

Grèce : après une année à vide, le temps des réformes ?

Le gouvernement grec vient d’annoncer qu’il accepte la présence du FMI dans le nouveau plan d’aide dessiné par l’Union européenne en juillet. Ainsi, 86 milliards d’euros seront bien prêtés sur trois ans à un Etat qui se range peu à peu derrière les recommandations de ses partenaires et prêteurs. Une avancée encourageante, mais qui doit être suivie d’efforts concrets.

Le discours avait été musclé les premiers mois ; l’ancien ministre des finances Yánis Varoufákis est même passé pour un kamikaze prêt à entraîner toute l’Europe dans sa chute. Mais finalement, Alexis Tsipras s’est rangé sur la voie de la raison. Pour autant, les vitupérations politiques et les coups de chaud à Bruxelles et Athènes ont amoindri la force de Syriza. Après une année passée au pouvoir, seuls 18 % des Grecs soutiendraient encore la politique du Premier ministre.

Après un an au pouvoir, Syriza déçoit

Les déçus de l’extrême gauche font ainsi le bonheur du parti conservateur, comme le souligne Theodore Pelagidis, professeur d’économie à l’université du Pirée à Athènes, dans une interview au magasine Challenges. La marge de manœuvre politique est plus qu’étroite pour l’exécutif ; le vote du budget pour l’année 2016 en est le parfait exemple. Après de longues nuits de négociations dans les coulisses, une faible majorité (153 députés sur 300) s’est dégagée pour voter un budget qui n’a pas de quoi faire pavoiser des citoyens grecs groggys par plusieurs années d’austérité infructueuse. L’une des racines du problème ? La corruption. Erigée au rang de sport national, elle permet tous les tours de passe-passe au détriment d’une gestion raisonnée et équitable de la chose publique.

L’heure n’en est pas pour autant à « l’accord de la dernière chance ». Mais le début de l’année 2016 est capital pour la trajectoire du pays à moyen terme. Le plan d’aide de 86 milliards d’euros répartis sur trois ans est nécessaire au maintien à flots d’une économie en souffrance. Si 2015 s’est conclue sur un encourageant 0,7 % de croissance (après plusieurs années de baisse terrible), les prévisions pour 2016 sont d’ores et déjà peu encourageantes avec une croissance nulle. Le moindre choc politique ou économique quelque peu important pourrait entraîner le pays sur le chemin de la récession une fois encore. Cela remettrait en cause un autre chiffre redevenu positif après des mois de tourmente : l’inflation. Athènes a en effet enregistré 33 mois de déflation (baisse des prix) avant un mois de décembre 2015 positif avec une hausse légère de 0,4 %. Ce nouveau signe d’un léger mieux ne sera confirmé que si des mesures fortes – autrement dit structurelles – sont prises, comme demandé par les partenaires de la Grèce en échange du nouveau plan d’aide.

La privatisation de l’économie est l’une des clés

Cette semaine a commencé un bilan d’étape des réformes mises en œuvre depuis juillet dernier et l’activation du plan d’aide. L’objectif était notamment pour le gouvernement grec d’économiser un milliard et demi d’euros par an sur le fonctionnement du système de retraite. La pension des retraités devaient être d’environ 50 % du salaire moyen selon les créanciers de la Grèce, mais il semblerait qu’un compromis aux alentours de 60 % soit finalement accepté.

Ce qui a finalement été accepté par la Grèce est la présence du Fonds Monétaire International parmi les créanciers internationaux. Honnis par une large majorité de Grecs, l’institution dirigée par Christine Lagarde est un pilier de l’aide européenne au pays. Le FMI a d’ailleurs déclaré par l’intermédiaire de son porte-parole Gerry Rice : « Nous nous tenons prêts à aider la Grèce non seulement avec des conseils et une aide technique, mais également avec des financements […] une fois que seront mis en place un ensemble complet de réformes et des mesures crédibles d’allégement de la dette ». Et parmi les mesures attendues il y a une campagne de privatisation des infrastructures comme dans le domaine portuaire par exemple (la Grèce possède la première marine marchande au monde). Un premier pas a été effectué avec la privatisation d’une dizaine d’aéroports, mais cette campagne n’en reste qu’à ses débuts malgré près de cinq ans d’existence puisque 3,5 milliards d’euros ont ainsi été récoltés alors que 50 milliards étaient attendus. Le chemin vers la rédemption sera encore long, mais certains signaux sont déjà plus encourageants. Au gouvernement de prendre ses responsabilités.

 

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