L’opposition djiboutienne annonce un boycott de l’élection présidentielle

L’opposition djiboutienne annonce un boycott de l’élection présidentielle

En avril prochain les Djiboutiens sont appelés aux urnes pour élire un nouveau président. Mais la situation actuelle est particulièrement tendue depuis que le pays est placé, depuis novembre dernier, sous état d’urgence. Alors qu’Ismaïl Omar Guelleh vient d’annoncer sa candidature pour un quatrième mandat, l’opposition menace de ne pas y participer si certaines conditions ne sont pas respectées, notamment à propos de la révision de la Commission électorale nationale indépendante.

Une réforme avortée de la Céni

Ismaïl Omar Guelleh pourrait bien se faire réélire dans son fauteuil lors des prochaines élections présidentielles qui se dérouleront en avril prochain à Djibouti. Il est en effet, pour le moment, le seul candidat sur la ligne de départ. L’opposition n’est pourtant pas inexistante, loin de là, mais l’Union pour le Salut National (USN), coalition de huit partis créée en 2013 quelques semaines avant les législatives, annonce un boycott de l’événement pour non-respect de l’accord-cadre prévoyant une réforme de la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

Ce dernier avait été signé en décembre 2014 entre le pouvoir et l’opposition mettant fin à une période de près de deux années de crise politique très violente, à la suite des résultats des élections législatives de 2013. Parmi les conditions figurait ainsi une réforme de la Céni qui devait devenir un organe paritaire, signe de démocratisation. En échange, l’USN n’avait pas contestée les résultats, sujets à diverses irrégularités.

A l’approche des élections présidentielles la Céni a bien été réactivée. Sauf que cette dernière n’a absolument pas été modifiée. Elle est toujours régie par le décret de 2010, celui-là même qui devait être changé. En clair, les membres de la commission continueront d’être désignés par le gouvernement, le Parlement et la magistrature. A cela s’ajoutent également des membres de la société civile et du parti au pouvoir, le Rassemblement populaire pour le progrès (RPP), soit uniquement des membres fidèles au régime.

Dans ces conditions, l’USN refuse de participer à l’élection présidentielle, les engagements n’étant pas tenus. Mais la réforme avortée de la Céni n’est qu’une des nombreuses tentatives de déstabilisation dont est victime l’opposition. En décembre dernier, après des affrontements violents ayant fait plusieurs dizaines de victimes, l’USN a dénoncé une vague d’arrestations de ses membres, dont son secrétaire général Abdourahman Mohamed Guelleh.

Ismaïl Omar Guelleh accroché au pouvoir

Cette situation est avant tout du à un seul et unique responsable : Ismaïl Omar Guelleh. Président de Djibouti depuis 1999, il ne compte pas abandonner le pouvoir tout de suite, contrairement à ce qu’il avait annoncé en 2011 lors de son élection pour un troisième mandat. A l’époque, le président ne s’était pas embarrassé de considérations démocratiques puisqu’il avait modifié la Constitution du pays qui n’autorisait que deux mandats. Un quatrième mandat lui tend les bras, depuis l’investiture de son parti le 8 janvier, malgré un pays en voie d’implosion.

En plus d’une opposition véritablement bâillonnée et emprisonnée, c’est l’ensemble de la population qui se retrouve victime des appétits de domination du président Guelleh. Depuis fin novembre, le pays vit sous état d’urgence. Officiellement, il s’agissait d’une réponse aux attentats de Paris et de Bamako, officieusement, il s’agirait plutôt de mieux contrôler l’opposition. Rappelons que l’état d’urgence a été mis en plus quelques jours à peine après une grande manifestation de l’opposition dénonçant les abus du président Guelleh.

L’escalade de la violence est montée depuis de plusieurs échelons. Le 21 décembre, de nouveaux affrontements ont éclaté entre des membres d’une communauté religieuse et les forces de l’ordre. Le nombre de morts s’établit à plusieurs dizaines selon les manifestants (neuf pour les autorités) auxquels il faut ajouter une cinquantaine de blessés et autant d’arrestations. L’arrivée des élections présidentielles ne devrait pas freiner l’autoritarisme étatique. Au contraire, toutes manifestations ou rassemblements considérés comme hostiles seront sévèrement réprimandés.

Le maintien au pouvoir d’Ismaïl Omar Guelleh pourrait ainsi mettre Djibouti à feu et à sang. Une conclusion que certaines puissances étrangères ne souhaitent absolument pas voir, à commencer par la France et les États-Unis. Car si Djibouti est petit pays de 23 000 km2, sa position géographique en fait un partenaire indispensable pour les deux pays qui disposent chacun d’intérêts économiques, mais aussi militaires avec la présence de bases françaises et américaines. Et un allié en crise n’est jamais une bonne nouvelle.

Le mois d’avril à Djibouti s’annonce donc tendu, pour ne pas dire explosif. Car la situation ne devrait malheureusement pas en rester là.

Laisser un commentaire

*