La Chine fait main basse sur la bauxite en Guinée

La Chine fait main basse sur la bauxite en Guinée

Phénomène bien connu, la croissance de la Chine ces dernières années a entraîné une exploitation exponentielle des matières premières. La bauxite, qui est à la base de l’aluminium, fait l’objet de toutes les attentions du régime chinois, lequel mandate les entreprises nationales pour faire main basse sur cette ressource. Une stratégie payante, mais au coût écologique désastreux.

Se développer tout en prenant en compte les problématiques énergétiques. La réussite de la COP21, en décembre dernier à Paris, a montré que les Etats sont prêts à faire face à cet enjeu. Parfois, cependant, les bonnes intentions se fracassent sur le mur de la réalité. C’est ainsi que la Chine, acteur incontournable – parce que premier pollueur de la planète – dans la lutte mondiale contre le dérèglement climatique, se distingue de manière très négative s’agissant de l’exploitation de la bauxite. Cette roche, que l’on retrouve en grande quantité dans peu de pays, constitue l’unique moyen de produire de l’aluminium, un matériau utilisé dans des industries aussi multiples qu’essentielles (automobile, aéronautique et même alimentaire) qui fait l’objet d’un insatiable appétit chinois.

Surexploitation chinoise

Ne disposant plus de réserves nécessaires, la Chine a successivement jeté son dévolu sur l’Indonésie, la Malaisie et la Guinée. Au cours de la dernière décennie, les deux premiers pays ont vu leur production augmenter sensiblement afin de faire face à la demande chinoise. Après avoir coupé le robinet des exportations des matières premières dans le cadre d’une politique plus nationaliste, l’Indonésie a permis à son voisin malaisien d’être un exportateur de choix vers la Chine. Ainsi, Kuala Lumpur a augmenté sa production de bauxite de 200 000 tonnes à 20 millions de tonnes entre 2013 et 2015. La manne économique a sans doute été importante, mais pas assez au regard du désastre écologique que cette exploitation a engendré.

Les autorités ont décidé d’arrêter la production de bauxite à partir de janvier 2016, dans l’Est du pays, pour une période de trois mois. L’occasion pour elles d’évaluer les problèmes écologiques et humains – que les Malaisiens devinent très lourds – de la surexploitation de la roche, alors qu’un rapport a déjà été commandé par le gouvernement au début de l’année. En effet, l’exploitation de cette roche libère des métaux cancérigènes, comme le césium, qui touchent la faune et la flore locale. Le ballet incessant de camions transportant la bauxite entraîne également des problèmes de santé avec la poussière de minerai qui se répand un peu partout. Le gouvernement malaisien commence donc à prendre au sérieux le problème de l’hyper-exploitation de la bauxite et vient de prolonger l’arrêt sur les importations chinoises pour trois mois.

Réaction des pays producteurs

Joueur confirmé dans la course capitaliste mondialisée, Pékin a déjà misé sur un troisième partenaire de premier ordre pour pallier le possible retrait partiel de la Malaisie. L’ « heureux » élu : la Guinée qui, avec 25 milliards de tonnes estimées – et 18 prouvées –, détient près d’un tiers des réserves mondiales de bauxite. Les pouvoirs publics, très satisfaits de la venue de la Chine, risquent fortement d’être confrontés aux mêmes problèmes écologiques et humains, sans compter la grogne des populations qui – c’est devenue la règle en Afrique – ne sont mêmes plus employées dans les projets avec des compagnies chinoises, qui préfèrent faire venir leur propre main-d’œuvre. La Chine est ainsi régulièrement dénoncée pour l’exploitation sans contrepartie des ressources qu’elle pratique sur le continent africain. Pékin produit déjà plus de 50 % de l’aluminium dans le monde, mais aucun obstacle économique ou écologique ne semble devoir arrêter la machine de la surexploitation des ressources.

L’engagement de l’Empire du Milieu dans la préservation de l’environnement est tout relatif, car si la décision de ratifier l’Accord de Paris a été prise, le pays place toujours la priorité sur le développement économique sans prendre en compte la dimension écologique. Dualité du discours et des faits, en somme. En l’espèce, seule une réaction des pays producteurs pourrait changer la donne, mais la manne économique aveugle bien souvent des autorités qui veulent s’acheter au prix fort la croissance économique et la paix sociale.

 

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