Experts et scientifiques internationaux prennent position pour l’énergie nucléaire

Experts et scientifiques internationaux prennent position pour l’énergie nucléaire

La lutte contre le changement climatique pousse aujourd’hui de nombreux pays à s’intéresser à l’énergie nucléaire et à développer son utilisation. Une orientation traditionnellement critiquée par les organisations écologistes mais qui trouve aujourd’hui de plus en plus d’échos au sein de la communauté scientifique.

L’effet des rejets de dioxyde de carbone sur le réchauffement de la planète ne fait aujourd’hui plus aucun doute. Et si des incertitudes demeurent sur l’ampleur et les échéances de ce réchauffement, on sait d’ores et déjà que seule une réduction rapide des émissions mondiales de CO2 atténuera le changement climatique. Pour cela, les solutions sont multiples : économies d’énergie, utilisation de combustibles dégageant moins de CO2, développement des énergies renouvelables… et recours accru à une énergie nucléaire de complément.

« Mix énergétique du futur »

De nombreux scientifiques et climatologues de renom estiment aujourd’hui nécessaire de recourir davantage à l’atome et d’accepter l’énergie nucléaire comme un élément central du mix énergétique mondial. Le 3 décembre dernier, en pleine COP21, quatre climatologues parmi les plus titrés de leur discipline – James Hansen (considéré comme le père du changement climatique), Ken Caldeira, Tom Wigley et Kerry Emanuel – tenaient dans ce but une conférence de presse au Bourget, pour appeler solennellement à un développement rapide et massif de l’énergie nucléaire. Dans une tribune publiée le même jour par le quotidien britannique The Guardian et relayée depuis par Le Monde, ces quatre spécialistes précisaient, calculs à l’appui, « qu’en tenant compte du développement des pays les plus pauvres ainsi que de l’augmentation de la demande due à la démographie » il faudrait construire « 115 réacteurs [nucléaires] par an d’ici à 2050 pour décarboner entièrement la production mondiale d’électricité ».

Un peu plus tôt dans l’année, un collectif de 65 biologistes et scientifiques internationaux, dont le professeur Corey Bradshaw de l’Université d’Adélaïde, le professeur Andrew Balmford, biologiste de la conservation à Cambridge, ou Lord May d’Oxford, célèbre biologiste, prônaient déjà dans une lettre ouverte la place déterminante du nucléaire dans le mix énergétique de demain. Selon ces scientifiques, l’énergie nucléaire doit être considérée comme une énergie verte et cela malgré les préjugés et les stéréotypes dont elle est l’objet. Car elle est à ce jour la seule capable de proposer une alternative propre et durable aux sources d’énergie thermique et répondre ainsi à la demande d’énergie sans aucun impact sur le climat. « Notre principal objectif est de montrer par une analyse scientifique objective effectuée sur la base du coût, de la sécurité, de la réduction des émissions, de l’utilisation des terres et de la pollution, que l’énergie nucléaire doit être considérée dans le mix énergétique du futur », déclarait alors le professeur Corey Bradshaw.

« Energie en plein développement »

D’après eux, l’énergie nucléaire serait donc inévitable pour de nombreux pays émergents, en quête d’une production énergétique de base constante et prévisible et d’une moindre dépendance aux fournisseurs d’hydrocarbures. Des pays comme la Chine, l’Inde, la Turquie, le Vietnam, la Jordanie, l’Egypte, l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Ghana ou le Nigéria, ont déjà fait ce double calcul et plusieurs dizaines de réacteurs sont aujourd’hui en construction ou en projet dans le monde. D’autres puissances nucléaires historiques comme le Royaume-Uni ou le Japon comptent elle aussi sur cette énergie pour tenir leurs engagements dans le cadre des négociations climatiques.

« Si l’on prend la peine de regarder au-delà des frontières nationales et européennes, le nucléaire s’impose à l’échelle internationale comme une énergie en plein développement », explique à son tour dans La Tribune Bruno Alomar, enseignant en économie et institutions européennes à Sciences Po, et ancien membre du cabinet du commissaire européen à l’énergie. « La France bénéficie d’atouts uniques dans ce contexte, un savoir-faire installé et reconnu, une excellence dans la sûreté et la capacité à proposer des offres intégrées depuis le combustible jusqu’au retraitement des déchets », conclut-il.

La production électronucléaire a ainsi permis au groupe EDF de réduire de façon considérable ses rejets de polluants sur les vingt dernières années (réduction de 70 % des émissions d’oxyde d’azote et dioxyde de soufre durant cette période), entraînant une diminution globale de la pollution atmosphérique dans l’Hexagone (moins 30 % selon le ministère de l’Environnement), et offrant une production constante dans la durée et une électricité parmi les moins chère d’Europe. A l’inverse, l’Allemagne, en faisant depuis 2011 le choix du charbon et du gaz, voit ses émissions de gaz à effet de serre exploser, pour devenir en l’espace de quelques années un des plus gros pollueurs européens.

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