Tchad : Idriss Déby réélu, l’opposition à court de recours

Tchad : Idriss Déby réélu, l’opposition à court de recours

Le Conseil constitutionnel a validé, mardi 3 mai 2016, le résultat de l’élection présidentielle tchadienne. La victoire du président sortant Idriss Déby est large, puisqu’il a récolté 59,92 % des voix de près de six millions d’électeurs. Cette annonce met à mal le recours collectif voulu par les candidats Saleh Kebzabo, Joseph Djimrangar Dadnadji, Mahamat Ahmat Alhabo, Laoukein Kourayo Médard, Brice Guedmbaye Mbaimona et Gali Ngothé Gatta. En effet, conformément aux dispositions de la Constitution, le Conseil constitutionnel reçoit les candidatures à la présidence de la République, arrête la liste des candidats, statue sur les contestations relatives aux élections du président de la République et en proclame les résultats. Ceci fait, continuer de protester revient un peu à se battre contre des moulins à vent. Ce que semble avoir compris la population, peu unie derrière l’opposition. 

L’idée d’un recours elle-même s’était heurtée à nombre de difficultés et de divisions, si bien que dans le brouhaha personne n’était plus sûr de qui étaient les véritables signataires. Le porte-parole de l’un des six candidats malheureux refusant de reconnaitre les résultats alors provisoires, affirmait que l’opposition n’avait pas adressé de recours. Les autres s’étaient ouvertement positionnés en faveur dudit recours. Un couac qui en dit long sur l’opposition tchadienne, divisée jusque dans sa contestation, somme d’individualités réunies par leur rejet de la politique mise en œuvre par Déby. Plus largement, ce triste tableau en dit aussi long sur l’état actuel du Tchad,  pays encore fracturé par des années de guerre civile. L’histoire du Tchad depuis son indépendance a été marquée par des conflits internes et frontaliers constants – avec l’intervention de Khartoum, qui a à plusieurs reprises tenté de plonger le pays dans le chaos.

La dernière tentative de coup d’Etat remonte en effet à 2008, année où l’opposition armée avait pris le contrôle de N’Djamena – à l’exception du palais présidentiel où Déby tenait bon. La fin du régime s’est jouée à quelques mètres, et à un sursaut de détermination d’une armée protégeant son leader. Et c’est ce dernier qui a finalement mis un terme à des décennies de luttes intestines et de précarité étatique, largement responsables du retard pris par le pays. Le Tchad affiche un PIB par tête de 230 dollars, inférieur de moitié à la moyenne des pays d’Afrique subsaharienne. Plus des trois quarts de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les disponibilités céréalières (production plus importations), avec 129kilos par habitant et par an, sont encore en deçà de la norme de satisfaction des besoins (141kilos), alors que la partie soudanienne du Tchad (au Sud), où vit la majeure partie de la population, jouit d’un potentiel agricole qui permettrait d’assurer la sécurité alimentaire du pays.

En dépit de l’exploitation du pétrole depuis fin 2003, le Tchad était classé parmi les 10 pays les plus pauvres en termes de développement humain dix ans plus tard. Là où ses voisins ont pu largement jouir de leurs ressources en hydrocarbures, l’état du pays ne permettait pas une activité économique soutenue. Pourtant, le tableau n’est aujourd’hui plus si sombre. Une fois la paix restaurée, le pays a su redresser sa situation avec une efficacité étonnante. Il occupe actuellement la troisième place de l’API (African Performance Index, un outil de recherche, d’évaluation, de notation et de classement des institutions du secteur public en Afrique) ce qui donne la mesure du chemin parcouru. La croissance moyenne de 2009 à 2014 a été de 6,6%, en dépit de nombreuses crises, notamment la crise pétrolière qui a vu le baril de brut perdre plus de la moitié de sa valeur en moins d’un an. La croissance du PIB par habitant dans le pays a été de 7,3% de 2011 à 2015, là où les pays voisins, pourtant économiquement plus avancés ont accusé le coup (le Congo, leader régional a plafonné à 6,8%, le Nigeria, première économie du continent, n’a progressé « que » de 6,3%, devant le Cameroun 5,9, et le Gabon 4,3).

Le pays est aussi le responsable de l’endiguement de la secte islamique Boko Haram, dernier spectre venu hanter la région, en portant secours au Nigéria alors totalement dépassé, et en sécurisant la frontière camerounaise. Ironiquement, le Tchad, qui était autrefois la poudrière de la région joue aujourd’hui le rôle de pacificateur – ce qui a valu à Déby d’être élu à la tête de l’Union Africaine. Aujourd’hui, par ses divisions internes, l’opposition montre bien qu’elle n’est pas capable de s’entendre. Lui confier la direction d’un Etat encore fragile, tout juste sorti de la crise, serait irresponsable – et les électeurs ont montré par leur vote qu’ils l’avaient compris.

L’équation est simple : à situation exceptionnelle, homme exceptionnel – homme que l’opposition s’est avérée incapable de produire. Aussi faut-il se défier de voir dans la confirmation d’une victoire claire d’Idriss Déby une défaite pour la démocratie tchadienne, mais y deviner plutôt le manque de consistance d’une opposition pas encore prête à gouverner un pays à peine sorti du chaos. C’est en tout cas comme ça que l’a accueilli le peuple tchadien, qui a de nouveau montré le peu de confiance qu’il accorde à l’opposition en ne soutenant pas l’appel de cette dernière à l’opération « ville morte », qui devait se tenir le 5 mai dernier.

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