L’ex-URSS en voie de modernisation

L’ex-URSS en voie de modernisation

Trop souvent lorsqu’on pense aux « Stans » ou républiques d’Asie centrale, les tensions entre l’Union européenne et la Russie font perdre de vue l’énorme potentiel de croissance de la région. Si cette dernière offre des perspectives de croissance disparates, elle se caractérise par un dynamisme volontaire et une orientation claire vers l’innovation. Et alors que la crise de 2009 a fait décliné les dépenses en recherche et développement (R D) dans le monde, du fait d’un resserrement des budgets, la région n’a pas suivi cette tendance. Par des politiques d’investissements dans une multitude de projets « techs », les Stans ont réussi à trouver de nouvelles sources de croissance.

Construire une économie novatrice pour sortir des rentes pétrolières

Les cinq « Stans » sont d’anciennes républiques soviétiques situés entre la Russie, la Chine et le Moyen-Orient. Ils accueillent près de 67 millions d’habitants. Depuis leur indépendance en 1991 – avec le démantèlement de l’URSS – ils sont progressivement passées d’une économie dirigée à une économie de marché ouverte et diversifié. Cette transition leur a réussi, par rapport à une économie mondiale globalement moribonde : leur croissance oscille entre 3,6 % pour le Kirghizstan et 10,3 % pour le Turkménistan. En Ouzbékistan, au Tadjikistan et au Kazakhstan elles sont respectivement à 8,1 %, 6,7 % et 4,3 %. Les gigantesques ressources en pétrole, gaz et hydrocarbures de la région leur assurent des revenus solides, mais elles ne sont pas le seul secret de leur croissance – d’autant que le cours des produits fossiles est en berne, en particulier le pétrole. Les systèmes de rente hydrocarbure ont clairement montré leurs limites ces dernières années.

Des politiques de hausse de la qualité des universités et des publications scientifiques et le soutien au développent de services des TIC ont permis de porter ces pays hors de leur dépendance à l’industrie lourde. M. Bruno Lanvin, directeur exécutif chargé des indices mondiaux à l’INSEAD, soulignait ainsi que « stratégiquement parlant, on ne peut ignorer le fait que de plus en plus de pays émergents sont en train de s’imposer dans le domaine de l’innovation ». Ces changements visent à construire une économie novatrice, qui est perçue par les populations locales comme un moyen de régler leurs problèmes socio-économiques et améliorer la compétitivité économique. Cette dynamique conduit à l’émergence d’une classe moyenne grandissante qui portera la demande pour les produits numériques grand public.

Tadjikistan, Turkménistan et Kirghizstan : l’émergence se fait attendre

Le Tadjikistan s’est engagé sur cette voie depuis quelques années. La vente du coton et d’aluminium – les deux secteurs traditionnels – n’offrent que des revenus limités et laisse le pays vulnérable aux fluctuations économiques, et le besoin d’innover y est pris très au sérieux. Douchanbé, la capitale, a notamment multiplié les projets autour de l’eau et la production hydroélectrique. La construction de l’université d’Asie centrale au-dessus de Khorog montre également la volonté nationale de former les générations futures aux enjeux des NTIC. Si des efforts considérables ont été entrepris, ils n’ont pour l’instant pas tous portés leurs fruits.

Le pays s’est cependant orienté dans la bonne direction. Une direction que suivent également le Turkménistan et le Kirghizstan. Les deux pays ont choisi de mettre les énergies renouvelables au cœur de leur développement et de réformer les industries traditionnelles afin de réduire leur impact sur l’environnement. Conscients de rôle central que l’exploitation des ressources en sous-sol représentent pour leurs économies, les deux pays ont choisi de réformer leurs pratiques afin de rendre les secteurs « durables ». Le Kirghizstan a, lui, en particulier travaillé sur le développement d’algorithmes de traduction automatique en partenariat avec le géant du Web américain, Google, afin d’ajouter leur langue au registre des outils de Google Translate. En outre, Ashgabat a passé en juin dernier un ensemble d’accords avec l’Allemagne afin de favoriser le développement de son potentiel technologique. Les premiers résultats de cette collaboration sont prévus pour 2017.

L’UNESCO félicite l’Ouzbékistan

L’Ouzbékistan connait, lui, un dynamisme beaucoup plus affirmée. Comme ses voisines, la capitale Tachkent se modernise et encourage le développement du secteur des services par le biais de politiques fiscales favorables aux entreprises. C’est un pays qui a connu une croissance élevée (plus de 7 %) depuis 2007. Il promeut les nouvelles industries de haute technologie et oriente l’économie vers les marchés d’exportation. Le pays a aussi fait de la formation de pointe un de ses chevaux de bataille : l’Université Inha de Tachkent, qui a ouvert ses portes en octobre 2014, est spécialisée dans les TIC, grâce à une collaboration avec l’Université Inha en République de Corée. Dans la même optique, l’Académie des sciences nationale a piloté la création en 2010 des premiers laboratoires intersectoriels pour la jeunesse. Elle intervient dans une multitude de secteurs comme la génétique et la biotechnologie, les matériaux de pointe, les énergies nouvelles et renouvelables, les technologies modernes de l’information ou encore la conception de médicaments.

Le Rapport de l’UNESCO sur la science de 2015 soulignait les efforts structurels entrepris :« L’État encourage l’innovation en apportant un soutien (financier, matériel et technique) direct à des programmes et projets spécifiques, et non pas en subventionnant des structures hiérarchiques ou des organismes de recherche donnés. (…) Ce système garantit que les travaux de recherche entrepris correspondent à une demande et que les résultats aboutiront au développement de produits et de procédés. Il crée également des passerelles entre le secteur public de la recherche et les entreprises industrielles ».  Dans le pays, entre 2008 et 2014, plus de 2 300 accords portant sur le développement expérimental ont été signés, pour un montant supérieur à 85 milliards de soums ouzbeks – soit 37 millions de dollars US. Les nouveaux produits qui ont résulté de ces contrats « ont généré un chiffre d’affaires de 680 milliards de soums ouzbeks (près de 300 millions de dollars US) » d’après le rapport.

Le Kazakhstan, champion de l’innovation grâce à l’Astana Expo 2017

Mais le champion de l’innovation dans la région est le voisin Kazakh. Le Kazakhstan se place en effet en second, derrière l’Inde, dans le classement Asie centrale et du Sud de l’innovation 2016 – suivi de la République islamique d’Iran et du Tadjikistan. Astana a su se positionner sur le marché des NTIC et du développement vert. Cela a permis la création de produits iconiques, comme Indybo, le robot qui apprend aux enfants à coder, ou les caméras à 360 degrés de la société Orbi.  Le pays a su s’attirer les bonnes grâce de la Banque Mondiale, sous la forme du Technology and Commercialization Project for Kazakhstan. Cette initiative de trois ans (Décembre 2012 à 2015) a permis de considérablement renforcer la recherche scientifique dans le pays et la prévalence de ses avancés sur l’économie du pays. Ce projet a permis de lever 75 000 millions de dollars, et s’est inscrit dans la continuité de l’action de développement économique engagée par le pays.

En outre, le pays vient de lancer un vaste programme largement centré sur l’industrie intelligente, l’énergie et la smart city : l’Astana Expo 2017. Ce forum sera organisé sur un site de 25 hectares du 10 juin au 10 septembre 2017 – trois mois durant lesquels des délégations venant de plus de 100 pays, des dizaines d’ONG et plus de 5 millions de visites sont attendus.  Il abordera le thème de l’« Énergie du futur », et comprendra trois sous-thèmes : Réduire les émissions de CO2, Vivre l’efficacité énergétique, et Énergie pour tous. On l’annonce déjà comme le grand rendez-vous de l’innovation énergétique de l’année, et certains placent l’Astana Expo dans le sillage de la COP 21. Il s’agit certainement de l’initiative à vocation pratique la plus ambitieuse depuis la conférence sur le climat de Paris, et elle constitue de fait une suite logique à celle-ci permettant de passer d’engagements étatique à une action concrète portée par l’entreprise. Elle sera également le faire valoir des ambitions d’une région qui a fait le pari de l’innovation à plein.

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