Arabie Saoudite – Qatar : la France prise au piège

Arabie Saoudite – Qatar : la France prise au piège

La France se retrouve piégée diplomatiquement par la tentative d’OPA de l’Arabie Saoudite sur le Qatar. Seule la désescalade pourrait permettre de préserver les intérêts français dans le Golfe.

Au début du mois de juin s’est déclarée l’une des crises les plus importantes de l’histoire du Golfe, depuis la création du Conseil de coopération du Golfe (CCG) en 1981 ou la guerre Irak-Koweït en 1991. L’Arabie saoudite et les autres pays du Golfe (Bahreïn, Egypte, Emirats Arabes Unis, Yemen) ont posé un ultimatum au Qatar avec des réclamations d’une rare violence, pas loin de rappeler les traités de guerre de la pire époque.

Arabie Saoudite – Qatar : un conflit frontal

En France, nos concitoyens ont tendance à amalgamer le Qatar et l’Arabie Saoudite dans un pot-pourri fondamentaliste qui tient davantage au stéréotype qu’à une réalité factuelle. Si les deux pays partagent, il est vrai, une même vision de la religion (le wahhabisme) et une forme d’autoritarisme, ils sont pourtant devenus des frères ennemis.

Loin de les rapprocher, leurs proximités idéologiques n’ont fait qu’éloigner les deux régimes depuis vingt ans, jusqu’à aboutir à cette crise diplomatique aussi fulgurante que violente.

Que reprochent donc les pays du Golfe au Qatar exactement ? Indice : le terrorisme n’est pas le fond du problème, comme l’a remarqué à juste titre le Département d’Etat américain.

Tout d’abord, l’Arabie Saoudite ne digère pas les échanges diplomatiques avec l’Iran chiite. C’est d’ailleurs l’objet de sa première réclamation, sur les quatorze que la monarchie saoudienne a posé en ultimatum au Qatar. « Le Qatar doit réduire ses relations diplomatiques avec l’Iran et fermer les missions diplomatiques iraniennes sur son territoire. Le commerce et les échanges avec l’Iran doivent respecter les sanctions américaines et internationales, de manière à ne pas menacer la sécurité du Conseil de coopération du Golfe » assène l’Arabie saoudite dans un communiqué d’une rare violence.

La deuxième réclamation adressée au Qatar concerne un autre Etat qui menace l’hégémonie saoudienne dans le Golfe, la Turquie : « Le Qatar doit immédiatement fermer la base que la Turquie est en train de construire sur son territoire et mettre un terme à toute coopération militaire avec la Turquie à l’intérieur de l’émirat. » 

Il faut attendre la réclamation n°3 pour voir émerger le sujet du terrorisme : pour autant, ces réclamations sont-elles crédibles, quand on sait que l’Arabie saoudite elle-même est accusée d’être un soutien financier d’Al Quaida et de l’Etat islamique ?

N’en déplaise aux partisans du « Qatar bashing », ce « putsch diplomatique » semble plus qu’injustifié et apparaît avant tout comme une volonté de l’Arabie saoudite de prendre le dessus sur le Qatar, seul Etat à contester son hégémonie dans le Golfe.

La France entre deux feux

Pour le président Emmanuel Macron, il s’agit d’un véritable baptême du feu diplomatique. Comment en effet se prononcer entre le Qatar, allié de toujours depuis Pompidou et Giscard, et l’Arabie Saoudite, considérée, parfois à tort, comme l’un des plus importants marchés à l’export de la France ?

La position de la France est particulièrement attendue, comme le fait remarquer le quotidien libanais l’Orient Le Jour. Sa position centrale au Moyen-Orient peut lui donner les clefs pour une résolution pacifique de la crise. Bémol, le président Macron, dans une perspective qui semblait davantage politicienne que réaliste, avait déjà annoncé qu’il voulait rompre avec l’époque Sarkozy et les petits cadeaux faits à l’émirat du Qatar.

En conséquence, la nasse se resserre sur la France, prise entre plusieurs feux politiques, et le président Macron doit jouer désormais les pompiers dans le Golfe tout en s’assurant du soutien de la population nationale. C’est peut-être pour cette raison qu’il a rencontré discrètement, aux hasards d’une visite en Algérie, l’Emir du Qatar. Du côté de l’Arabie saoudite, peu d’informations filtrent sur la position officielle. Cette dernière a d’ores et déjà annoncé qu’elle refusait toutes négociations sur les réclamations.

Une position jusqu’au-boutiste à l’exact opposé de celle du Qatar, le petit Etat du Golfe ayant fait de la diplomatie et l’art du compromis son fer de lance. L’ultimatum lancé par les pays du Golfe s’achève ce dimanche, et il faudra tous les talents de négociateur de M. Macron pour protéger les intérêts français et donc le Qatar. Dans cette foire d’empoigne diplomatique, le président français n’est cependant pas seul : un sénateur américain Républicain s’est déjà prononcé pour une sortie pacifique de cette crise… sous peine d’embargo sur la vente d’armes aux deux pays.

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