Angola et RDC : l’Afrique centrale à la croisée des chemins

Angola et RDC : l’Afrique centrale à la croisée des chemins

L’Afrique centrale est souvent citée comme un exemple de région du monde où la démocratie tend à régresser : vote contesté au Gabon, réforme constitutionnelle controversée au Congo, pouvoir militaire au Tchad… Pourtant, tous les pays ne suivent pas cette dynamique, et des progrès encourageants sont à applaudir dans des pays autrefois autoritaires. Le paradoxe de cette région est parfaitement illustré par les voisins que sont l’Angola et la République Démocratique du Congo (RDC). Le premier sort graduellement de la dictature, tandis que l’autre s’y enfonce.

 

Législatives en l’Angola : un exemple de démocratisation

Mercredi 23 août dernier, les électeurs angolais se rendaient aux urnes pour des élections législatives fortement anticipées. Il s’agissait en effet du premier vote après le règne jaloux – et largement dénoncé pour ses travers autoritaires – du Président José Eduardo dos Santos. Pourtant, dos Santos, 74 ans, au pouvoir depuis 38 ans, a annoncé vouloir céder sa place. Dont acte : c’est l’ex-ministre de la Défense, Joao Lourenço, publiquement adoubé par dos Santos lors d’un meeting, qui concourait au nom de la majorité. « Nous n’avons aucun doute (…), notre candidat sera le futur président de la République », avait annoncé M. dos Santos à ses partisans, lors de la révélation de son dauphin.

Les électeurs et observateurs avaient eux aussi peu de doutes sur le fait que ce serait le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola qui allait l’emporter une nouvelle fois. Et ce malgré la création de la Coalition électorale CASA-CE en face. Le parti de dos Santos a finalement été crédité de 61,1% des suffrages – soit d’une majorité absolue de 150 sur 220 sièges au Parlement – par la Commission nationale électorale. Le résultat de ce vote a été immédiatement contesté par l’opposition, qui a dénoncé des « irrégularités ». Cette dernière juge le processus électoral « inconstitutionnel et illégal » et exige un « nouveau comptage au niveau des provinces ».

Difficile de savoir si des fraudes ont réellement eu lieu. Cependant, le fait qu’un vote libre ait eu lieu est un signal positif, qui marque un progrès considérable pour un pays qui a été si longtemps sous la coupe d’un seul homme. Ce scrutin ouvre la porte à plus de démocratie. Si la CASA-CE n’a pas su convaincre une majorité d’électeurs, le score du MPLA a néanmoins baissé. En outre, la menace de l’opposition de recourir aux « autres moyens de lutte prévus par la Constitution et la loi » si ses demandes ne sont pas entendues montre que le débat politique est en train de renaître, avec une vraie présence politique des partis alternatifs, longtemps muselés.

 

Manœuvres dilatoires en RDC : un glissement vers la dictature

A contrario, la RDC est un exemple de glissement inexorable vers la dictature – ou la guerre civile – à mesure que le président sortant, Joseph Kabila, multiplie les manœuvres pour se maintenir illégitimement à son poste. L’homme, au pouvoir depuis 2001, a refusé d’organiser des élections pour assurer sa succession après la fin de ses deux mandats présidentiels autorisés par la Constitution. Il justifie son maintien par des questions de finances publiques. Pourtant, la communauté internationale dans son ensemble s’accorde à dire que M. Kabila joue la montre.

Sous la pression d’une population de plus en plus en colère, le régime multiplie les gestes de répression. Lundi 7 août, au moins douze personnes ont été tuées – 65 selon l’opposition – par des « balles perdues » lors d’une opération « ville morte » lancée à Kinshasa. L’opposition ne peut plus manifester pacifiquement dans les rues sans faire office de pigeons d’argile. En plus des violences d’Etat, le pays a été secoué par des massacres sans précédent dans la région du Kasaï. Le gouvernement a su en tirer profit afin de justifier sa politique de répression sauvage. Après la découverte de 42 fosses communes, 3200 civils tués et plus d’un million de déplacés, le pouvoir rechigne toujours à autoriser l’arrivée d’enquêteurs internationaux envoyés par l’ONU.

 

A la croisée des chemins

De là à y voir une implication du régime, la frontière est mince. Certains sautent le pas : « Il appartient aux enquêtes des Nations unies d’établir les liens entre celle-ci et le régime de Kinshasa », expliquait Olivier Kamitatu, porte-parole du ténor de l’opposition Moïse Katumbi. Avec le nouveau report de la présidentielle, en violation de l’accord de la Saint-Sylvestre signé avec l’opposition et l’Eglise catholique, la coupe est pleine pour l’opposition, qui jouait jusqu’alors la carte de l’apaisement. « Même les Angolais ont pu voter », a justement souligné Moïse Katumbi, opposant contraint de quitter le pays pour fuir le harcèlement quotidien dont il faisait l’objet.

Pour ce dernier, les manœuvres dilatoires du régime Kabila sont une « stratégie criminelle » dont le peuple congolais est la première victime : « Regardez l’évolution de [l’Angola]. Il a traversé une guerre civile qui a duré 25 ans et, aujourd’hui, il est un des moteurs de l’Afrique centrale et même de l’Afrique sub-saharienne. Son budget est plus de dix fois supérieur au budget de notre RDC alors que nous disposons de bien plus de richesses que les Angolais. Notre Congo, lui, ne cesse de dégringoler. L’économie est par terre, les vrais investisseurs ne viennent plus et le peuple congolais est la première victime. C’est lui qui souffre tous les jours un peu plus. »

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