Jérusalem : le double jeu (dangereux) de l’Arabie saoudite

Jérusalem : le double jeu (dangereux) de l’Arabie saoudite

Le 20 décembre dernier, le roi Salman d’Arabie saoudite réaffirmait au Président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas le soutien de son pays et son attachement à faire de Jérusalem-Est la capitale du futur Etat palestinien. Dans le contexte d’une solidarité internationale affichée jusque sur les bans de l’Assemblée des Nations-Unies, suite à l’émoi causé par l’annonce du transfert de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem le 6 décembre, cette « publicité » saoudienne tente de cacher une évidente réorientation de sa diplomatie, visible depuis des mois, voire des années : la solidarité arabe n’a plus cours, et l’état d’Israël est devenu un allié plus utile pour le royaume des Saoud.

Bien sûr, les tenants d’une Realpolitik diront que les Saoudiens sont dans leurs droits, et que les priorités du royaume, à savoir la lutte contre l’influence iranienne dans la région, la reconversion économique d’un pays dépendant de la rente pétrolière, et la lutte contre les groupes terroristes sont autant de raisons de se rapprocher à juste titre d’Israël. Et les indices pointant vers la normalisation de la relation israélo-saoudienne sont de plus en plus incontestables : des déclarations officielles d’un ministre saoudien, des rumeurs de visites en Terre Sainte de représentants saoudiens de haut niveau, mais plus important encore, les pressions exercées par le régime de Mohammed Ben Salmane (MBS) sur Mahmoud Abbas pour accepter un plan de paix encore hypothétique proposé par l’administration Trump, et qui appellerait les Palestiniens à renoncer à Jérusalem-Est comme capitale de leur nouvel Etat.

Cependant ce revirement vers Israël, s’il était assez prévisible pour qui surveille l’Arabie saoudite et sa frustration croissante face à quiconque menace son leadership dans la région (à commencer par l’Iran, ou encore dans une moindre mesure le Qatar), est un coup d’arrêt porté plus généralement à la solution à deux Etats. Alors que la diplomatie saoudienne était le sponsor d’un plan de paix en 2002, ses récentes évolutions démontrent que le royaume est un acteur peu fiable pour les Palestiniens et les tenants du droit international. Mahmoud Abbas a ainsi déclaré à l’Elysée son refus de compter les Etats-Unis comme futurs parrains d’un plan de paix. Il en sera de même pour les Saoudiens, car ceux-ci continueront de construire leur relation avec Israël, et d’affaiblir par cela la cause palestinienne sur la scène internationale.

Face à ceux qui pourront se réjouir de la disparition progressive d’un « dogmatisme arabe » envers Israël, on peut répondre premièrement que le droit international soutient les Palestiniens dans leur droit à résider sur un territoire au Proche-Orient, selon un plan de partition réglé depuis 1947, réaffirmé par de nombreuses résolutions du Conseil de Sécurité qui condamnent la colonisation (la plus récente étant la 2334 (2016)) et préserve Jérusalem et son statut international. Deuxièmement, l’Arabie saoudite, si elle n’est pas le premier pays arabe à possiblement conclure une paix avec Israël, serait par contre le premier à renoncer à une position historique de défense des intérêts palestiniens face à un occupant qui a déjà l’avantage stratégique, militaire, économique et jouit d’une impunité totale. Les Saoudiens seront-ils les fossoyeurs de l’Etat palestinien et de l’idée même de paix en Terre Sainte ?

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