Crise en RDC : une issue est-elle possible ?

Crise en RDC : une issue est-elle possible ?

Joseph Kabila est soupçonné de vouloir modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat. Alors que le pouvoir ne donne aucune réponse claire, les attaques contre l’opposition se poursuivent et le scepticisme des électeurs quant au respect du nouveau calendrier électoral s’accroît.

Interrogé en février par VOA Afrique, Lambert Mende, ministre congolais de la Communication et porte-parole du gouvernement, avait affirméque Joseph Kabila respecterait la Constitution et quitterait le pouvoir après les élections de décembre. Il avait également annoncé que le président révélerait en juillet le nom de la personne choisie pour le représenter aux élections.

Quelques heures plus tard, le ministre n’était plus d’accord avec lui-même. « Je n’ai pas dit qu’au mois de juillet le président Kabila va se choisir un dauphin. J’ai plutôt déclaré que conformément au calendrier électoral au mois de juillet, nous allons connaître les différents candidats »,a t-il précisé. Autrement dit, M. Mende a « plutôt déclaré » que Joseph Kabila n’est pas sûr de respecter la Constitution. En juin 2017, le président affirmait qu’il n’avait « rien promis du tout »et qu’il ne fallait surtout pas organiser des élections « chaotiques ». Autrement dit, il a dit qu’il n’avait pas dit ce que tout le monde disait qu’il avait dit.

Katumbi prépare son retour

Ce revirement n’est une surprise pour personne. Alors que son deuxième – et normalement dernier – mandat a pris fin en 2016, Joseph Kabila et ses alliés ne cessent de manœuvrer pour obtenir le report de la date des élections. Une nouvelle rumeur en date du 15 avril a germé sur les réseaux sociaux faisant état de prétendues négociations entre le président Kabila et l’opposition incarnée par Moïse Katumbi et Felix Tshisekedi. La contrepartie serait une prolongation de mandat de deux à la tête du pays. Ce que Moïse Katumbi dément catégoriquement se refusant de « chercher un poste dans un potentiel futur gouvernement». Même son de cloche du côté de Félix Tshisekedi. Katumbi ajoute que ceux qui restent aujourd’hui dans l’opposition sont « plus unis que jamais ».

Le pouvoir insiste sur la difficulté d’organiser le scrutin tout en déversant un arsenal pour décrédibiliser l’opposition. Autre manœuvre du gouvernement Kabila : un faux coup d’État a notamment été imaginé pour profiter de la mobilisation catholique en décembre. Selon Kalev Mutond, patron des renseignements congolais (ANR), « le pseudo meneur de ce coup d’État devait être arrêté et devait passer rapidement aux aveux en dénonçant ces complices, qui n’étaient autres que les leaders du mouvement des laïcs congolais », rapporte La Libre Afrique. Malgré ces attaques, Moïse Katumbi, l’opposant bénéficiant un large plébiscite de la population, reste mobilisé.

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Moise Katumbi prépare son retour

Manque de transparence

Mais la tâche ne sera pas aisée, Joseph Kabila étant obligé de s’accrocher au pouvoir pour protéger ses intérêts financiers. En effet, le « manque de transparence » dans la gestion des affaires de la famille présidentielle est « presque totale », selon Ida Saywer, directrice pour l’Afrique centrale de Human Rights Watch.

Comme de nombreux pays africains, la RDC est victime d’une élite politique qui exploite illégalement les richesses naturelles en instaurant un système politique corrompu aidé par l’utilisation de la force.

Pendant ce temps, le pays sombre dans la grande pauvreté. Selon Nations unies, « la situation humanitaire dramatique » en RDC s’est « largement aggravée depuis deux ans ». La situation y est aussi préoccupante qu’au Yémen ou en Syrie. Moïse Katumbi a d’ailleurs félicité tous les pays donnateurs en les invitant à poursuivre leurs aides, dans une vidéoparue sur la Libre Afrique.

Le pouvoir congolais rejette pourtant l’aide extérieureet a refusé de participer à la conférence des donateurs sur la RDC, le 13 avril dernier à Genève. Près de 2 milliards de dollars d’aide humanitaire avaient été promis par les assistants à la conférence. La Belgique avait débloqué 11,6 millions de dollars, mais Kinshasa a formellement interdit les ONG d’accepter toute aide. Celles qui la recevraient « ne seront pas autorisées à travailler dans notrepays », avait notamment prévenu la diplomatie congolaise.

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