L’Afrique peine à sortir de la malédiction des matières premières

L’Afrique peine à sortir de la malédiction des matières premières

On parle souvent de la « malédiction des matières premières » à propos de pays en voie de développement dont le niveau de richesse par habitant est inversement proportionnel à la richesse de leurs sous-sols. Une manne qui s’avère souvent être un véritable fléau. Heureusement, de nombreux pays, comme la Côte d’Ivoire , sont de véritables contre-exemples, et arrivent à bâtir une économie saine et diversifiée.

Mais qu’est-ce donc cette malédiction dite des matières premières ? C’est l’histoire d’un continent — l’Afrique — qui possède de l’or sous les pieds. Dans le sous-sol africain, on retrouve 7,6 % des réserves mondiales de pétrole, 7,5 % de celles de gaz naturel, 40 % des réserves aurifères et près de 70 % des réserves de diamants. On ne parle même pas de l’or (57 %), du manganèse (32 %) ou de la bauxite… La suite est bien plus triste : malgré cette mine de matières premières, la croissance des pays riches en pétrole et autres n’est pas au rendez-vous. Pire : des pays comme la Zambie, la Guinée, le Mozambique ou la RD Congo vivent majoritairement dans une grande pauvreté malgré une vraie abondance de ressources naturelles.

Ce terrible paradoxe a été appelé « malédiction » pour la première fois en 1990 par l’économiste britannique Richard Auty. Il ne cesse de se vérifier depuis plus de 25 ans. Deux explications permettent d’expliquer ce phénomène. Tout d’abord les problèmes de gouvernance engendrés par les revenus générés par la vente de matières premières. Les luttes internes mènent à la corruption, aux conflits armés et aux problèmes d’environnement. L’autre problème concerne la volatilité des prix des matières premières qui entrainent des incertitudes et des risques. Le pétrole est un exemple criant : le prix du baril s’étant écroulé depuis 2014, les pays producteurs africains en ont subi les conséquences. Selon le rapport Arcadia publié l’an dernier, la Guinée équatoriale a vu ses recettes diminuées de 50 % en 2016 par rapport à 2011. Idem pour la RD Congo et l’Angola (-38 %), le Gabon (-32 %), le Tchad (-15 %) et le Nigeria (-12 %). Cela prouve qu’il est impossible de baser le développement économique d’un pays sur la seule exploitation de ses matières premières…

 

L’exemple criant de la bauxite en Guinée

Tensions, corruption, volatilité des prix : ce triptyque tragique engendre donc de terribles conséquences. La Guinée peut malheureusement en témoigner. Le pays regorge de bauxite, un précieux minerai permettant la production d’aluminium. Selon les experts, le pays possède à lui seul près de 25 milliards de tonnes, soit la moitié des réserves mondiales ! Mais, depuis plusieurs années, l’exploitation des sols guinéens entraîne pollution et corruption.

Outre le fait de ne pas travailler main dans la main avec les populations locales (le groupe n’embauche que très peu de main d’œuvre locale ce qui creuse le chômage des jeunes et engendre des violences), les entreprises asiatiques font fi de toutes les considérations environnementales. Ce n’est pas nouveau : en 2016, les entreprises chinoises ont dû suspendre leurs activités (l’extraction de bauxite) en Malaisie pour des « raisons sanitaires »… Pour la Guinée, il est temps d’adopter une stratégie durable avec la bauxite en collaborant avec des partenaires respectant à la fois l’environnement et les populations locales. Sans oublier, également, de diversifier son économie et d’éviter une trop grande dépendance économique…

 

La Côte d’Ivoire , une voie à suivre

Heureusement, il n’y a pas que de la « malédiction » en Afrique, il y a également de l’espoir. En témoigne la croissance stable et durable enregistrée par la Côte d’Ivoire. À travers des réformes structurelles, le pays du Président Ouattara a amélioré son système éducatif et diversifié son économie. Dans la dernière édition édition The Report : Côte d’Ivoire 2018, le Fonds Monétaire international (FMI) prévoit une croissance du PIB de 7,6 % en 2018 et les perspectives à moyen terme sont tout aussi positives avec une estimation moyenne de croissance de 7 % pour les années à venir.

Malgré la chute des prix du cacao, la Côte d’Ivoire a réussi à développer d’autres secteurs comme celui de l’énergie ou des transports. Mieux encore : sa filière cacaoyère devrait rapidement retrouver des couleurs. Le 28 mars dernier, la Côte d’Ivoire et le Ghana — qui représentent 60 % de la production mondiale de cacao — ont signé un accord permettant d’harmoniser leurs politiques de commercialisation. Désormais, un producteur de cacao recevra un prix fixé et harmonisé à l’année, et ce, quelles que soient les fluctuations du marché mondial. Cela évitera ainsi de développer le marché de la contrebande qui sévit dans le secteur.

Le cacao, qui génère des revenus annuels estimés à près de 100 milliards de dollars, doit être le vrai or noir de l’Afrique. Avec ce travail d’harmonisation, la Côte d’Ivoire souhaite montrer la voie à suivre : transformer la majeure partie de la production sur place afin de générer plus de profits et, surtout, plus d’emplois locaux. Si ce type d’initiatives était généralisé, nul doute que la fameuse « malédiction » ne serait plus qu’un mauvais souvenir…

Luc Diallo

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