Forum pour la Paix de Paris : une occasion manquée ?

Forum pour la Paix de Paris : une occasion manquée ?

Profitant de la venue de nombreux chefs d’Etats pour les commémorations de la Première Guerre mondiale, Emmanuel Macron les a réunis pour tenter de relancer l’idée de multilatéralisme. Un Forum pour la Paix où deux dirigeants de poids brillaient par leur absence : Donald Trump et Mohammed ben Salmane, le prince héritier d’Arabie saoudite.

Relancer le multilatéralisme : vaste programme que celui du premier Forum pour la Paix, organisé, le 11 novembre à Paris, par la présidence française, en marge des commémorations du centenaire de l’armistice. « L’histoire retiendra sans doute une image, a déclaré Emmanuel Macron sous la grande Halle de la Villette, celle de 84 chefs d’États et de gouvernement réunis, alors qu’hier ils représentaient des nations belligérantes ».

Un sommet pour relancer le multilatéralisme

« Mais ce qui demeure incertain pour l’avenir, a poursuivi le président français, c’est la façon dont sera interprétée cette image. Sera-t-elle le symbole éclatant d’une paix durable entre les nations, ou au contraire la photographie d’un dernier moment d’unité, avant que le monde ne sombre dans un nouveau désordre ? » « Cela ne dépend que de nous », a martelé un Emmanuel Macron bien décidé à réitérer l’évènement chaque année.


Cent ans après la fin d’une guerre qui a fait près de 10 millions de morts parmi les soldats et plus de 8 millions de victimes civiles, le chef de l’État français entendait proposer à ses homologues un temps de réflexion et d’échanges. Objectif revendiqué : défendre, et même renforcer, le multilatéralisme mondial. Une gageure, à l’heure où de nombreux pays, États-Unis en tête, cèdent à la tentation du repli sur soi.

« Le monde dans lequel nous vivons est fragilisé par des crises qui déstabilisent nos sociétés », a encore averti Emmanuel Macron, selon qui « nous sommes fragilisés par les retours de passions tristes, le nationalisme, le racisme, l’antisémitisme, l’extrémisme, qui remettent en cause cet horizon que nos peuples attendent ». Dans son combat pour un monde multilatéral, le président français pouvait compter sur l’appui de son homologue canadien, Justin Trudeau, d’Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies et, bien sûr, sur le soutien d’Angela Merkel.

Une chancelière allemande qui a déclaré que « la paix que nous avons aujourd’hui, qui nous paraît parfois évidente, est loin d’être évidente. Il faut que nous nous battions pour elle ». « Le mutisme a été l’une des raisons qui a conduit à la catastrophe, à la Première Guerre mondiale », a encore rappelé Angela Merkel, évoquant également les conflits en cours en Syrie et au Yémen, pays où sévit, selon la chancelière, « la plus grande catastrophe humanitaire actuelle ».

Deux absences remarquées

Une « catastrophe » qui repose sur les épaules de Mohammed ben Salmane (MBS), le prince héritier d’Arabie saoudite, qui est à la tête d’une coalition combattant les rebelles Houthis au Yémen et qui a plongé le pays dans le chaos, menaçant de larges parts de la population de famine. L’ONU estime ainsi que plus de 20 millions de personnes nécessitent une aide humanitaire d’urgence. Est-ce pour cette raison que le jeune prince n’a pas jugé opportun d’apparaître à Paris ?

À moins que cette absence ne soit due à l’affaire Khashoggi, ce journaliste froidement exécuté dans un consulat arabe en Turquie, vraisemblablement sous les ordres de MBS ?

Une absence qui ne facilite pas le dénouement de la guerre au Yémen ni la crise du Golfe. Celle-ci dure depuis juin 2017, quand un blocus orchestré par Riyad contre le Qatar avait déstabilisé tout le Moyen-Orient. Le cheikh Tamin bin Hamad al-Thani, à la tête du Qatar, était justement présent à ce sommet pour la paix. Une occasion de dialogue ratée par MBS, tout comme Donald Trump.

Si le président américain a bien rencontré Emmanuel Macron et assisté avec les autres chefs d’État et de gouvernement aux cérémonies officielles sous l’Arc de Triomphe, le président américain a boudé l’initiative pour la paix de son homologue français. Et préférer rendre hommage, pendant ce temps, aux « courageux Américains qui ont donné leur dernier souffle » reposant au cimetière militaire de Suresnes.

Une manière, pour Donald Trump, de symboliquement réaffirmer son slogan « America First », et de faire passer le message qu’il a bien compris que ce forum aux accents multilatéralistes était implicitement dirigé contre sa politique. Ce qui n’a pas empêché Emmanuel Macron de tweeter, samedi 10 novembre, que « Nous avons décidé, le président Trump et moi-même, de travailler ensemble à la stabilité du Moyen-Orient, ce qui aura des conséquences positives sur le prix du pétrole ».

Une discussion sur le Moyen-Orient et le pétrole qui s’est donc tenue sans le premier intéressé : l’Arabie saoudite d’un MBS aux abonnés absents.

 

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