La France et le Qatar renforcent leur pacte de défense stratégique

La France et le Qatar renforcent leur pacte de défense stratégique

La France et le Qatar ont signé un pacte qui prévoit de renforcer l’alliance stratégique entre les deux pays. Un soutien bienvenu pour Doha, qui fait toujours l’objet d’un blocus par ses voisins arabes, sur fond de tensions avec l’Iran.

Lundi 11 février un accord de « dialogue stratégique » axé sur la « sécurité régionale » a été signé entre Paris et Doha. Ce texte, ratifié par les ministres qatari et français des Affaires étrangères, Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani et Jean-Yves Le Drian, devrait conduire à une coopération accrue dans la coopération stratégique, mais aussi économie, culturelle, sportive et dans la lutte antiterroriste. Au terme de l’accord, les responsables des deux pays seront amenés à se rencontrer régulièrement pour organiser cette coopération multiaxiale.

 

« Avec le Qatar, il n’y a que des hauts »

Ce texte s’inscrit dans le prolongement de nombreux pactes déjà signés par le passé, comme le pacte de défense mutuelle en 1994 (considéré comme l’un des piliers de la relation franco qatarienne) et le pacte de coopération renforcée de 2015, déjà à l’époque porté par Jean-Yves Le Drian. Cette coopération militaire s’inscrit plus largement dans le cadre d’une présence militaire française au Qatar, qui remonte au début des années 1990. Du fait de cette relation privilégié, Paris fournit à Doha 80 % de ses équipements militaires. Cette alliance aura par ailleurs survécu au coup d’État de juin 1995 qui a porté le cheikh Hamad au pouvoir.

Le Qatar et la France ont depuis tissé des liens profonds et denses, avec des relations allant du sport (avec l’emblématique achat du Paris Saint-Germain) à l’hôtellerie, en passant par des prises d’intérêt qataries dans de nombreuses grandes entreprises tricolores (Lagardère, EADS, Vinci, Veolia Environnement, Total, Vivendi, Orange…). La coopération stratégique reste toutefois la colonne vertébrale du lien qui unit les deux pays, avec au cœur de ce dispositif la mission de conseil et d’instruction de l’armée française au Qatar.

Aussi, du fait de cette construction progressive, le Qatar est devenu une sorte de vitrine de la performance des équipements français dans la région. La signature de ce pacte intervient d’ailleurs quelques jours après la réception du premier Rafale à Doha – sur une commande plus large de 36 avions de combat du constructeur français Dassault. “Avec le Qatar, il n’y a que des hauts” a ainsi déclaré Jean-Yves le Drian, en réponse à une question d’un journaliste sur la nature des liens entre les deux pays, en comparaison à ceux, houleux, entre la France et l’Italie. Si les ventes du Rafale avaient été dans l’impasse quelques années durant, la tendance s’est inversée, avec la vente de 24 modèles à l’Egypte en 2015, puis celle de 36 nouveaux chasseurs à l’Inde en 2016.

 

Des changements régionaux profonds

Il s’agit plus largement du premier accord de ce type signé entre le Qatar et un pays européen. Un pacte qui vient comme un soulagement supplémentaire pour Doha en cette période d’isolation relative. Le pays fait en effet l’objet d’un blocus de la part de plusieurs États sunnites (les Emirats arabes unis et l’Egypte entraînés par l’Arabie saoudite) depuis juin 2017. Ces derniers lui reprochaient ses bonnes relations avec l’Iran – la bête noire de Riyad. Aussi, le minuscule État s’était retrouvé bien isolé, dans une péninsule pratiquement tenue par les Saoudiens (à l’exception du Yémen où ils perdent du terrain malgré une guerre d’une rare brutalité).

Dans ce contexte, le rapprochement des deux pays est un signe fort. Si la France et le Qatar ont toujours été proches après la fin de la guerre froide et le nouveau “désordre mondial” qui a suivi, cette réaffirmation du lien qui unit les deux pays intervient dans un cadre tout aussi volatile. Le Proche Orient subit en effet plus que jamais les conséquences du printemps arabe, ayant mené à la guerre civile de Syrie et à l’émergence de l’Etat islamique. Le regain des tensions entre Téhéran et Riyad ont aussi ajouté à ce climat explosif – au moment même où les Etats-Unis amorcent leur désengagement. Aussi, ce pacte vient comme une bouffé d’air frais pour Doha, qui cherche des appuis forts dans ce nouveau grand bouleversement.

 

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