Dérive ivoiritaire : les dessous de la sortie de Konan Bédié

Dérive ivoiritaire : les dessous de la sortie de Konan Bédié

« Chassez le naturel, il revient au galop ». Cette expression, prononcée par Destouches, en 1732, dans sa comédie “Le Glorieux”, permet de caractériser le Président Bédié qui a décidé d’emboucher, à nouveau, la trompette de l’ivoirité.

En effet, recevant les militants du PDCI-RDA de Koumassi, le 07 juin 2019, le Sphinx de Daoukro a tenu des propos xénophobes appelant les Ivoiriens à faire barrage au hold-up des étrangers sur la Côte d’Ivoire.

Ces propos d’une extrême gravité pour l’unité nationale et la cohésion sociale ont jeté un émoi au sein des populations et démontré à quel point le vieil homme n’avait pas changé.

L’instrumentalisation politique de questions sensibles liées à l’orpaillage clandestin, à la fraude sur la nationalité ivoirienne, au foncier rural et aux conflits intercommunautaires, constitue la preuve manifeste de sa mauvaise foi.

En effet, ces questions d’une manière générale et celles liées à l’orpaillage clandestin et à la fraude sur la nationalité en particulier avaient déjà fait l’objet de mesures fortes de la part du Gouvernement, avant la sortie malencontreuse du Président Bédié.

Il s’agit, notamment, de la création d’une brigade exclusivement dédiée à la répression de l’orpaillage clandestin et de l’ensemble des infractions au code minier et de la mise en place du Registre National des Personnes Physiques (RNPP) devant permettre un meilleur suivi des flux migratoires et une meilleure lutte contre la fraude sur la nationalité.

En réalité, la déclaration de N’Zuéba, qui a surpris et déboussolé l’opinion nationale, visait trois objectifs principaux.

Le premier est de tenter de ressusciter le fameux ‘’Front patriotique’’, un groupement politique ultra-nationaliste, qui avait été envisagé au début des années 2000 par les directions du FPI et du PDCI-RDA pour isoler et combattre le RDR, le parti des ‘’Ivoiriens de seconde zone’’, selon la rhétorique des ivoiritaires. La mission dépêchée par Henri Konan Bédié auprès de Laurent Gbagbo à Bruxelles ainsi que sa médiation secrète pour réunifier le FPI s’inscrivent dans ce cadre.

Le deuxième objectif est de rallier ‘’les Ivoiriens de souche multiséculaire’’ à cette cause afin d’occulter les vrais débats relatifs au projet de société, au programme de Gouvernement et au bilan de gestion étatique des partis politiques. Ce faisant, le Président Bédié pense pouvoir éluder la question du bilan du Président Alassane Ouattara qui, de l’avis des observateurs avertis, est le meilleur de tous les Chefs d’Etat ivoiriens ayant succédé au Président Félix Houphouët-Boigny.

Le troisième et dernier objectif est de chercher à créer des tensions, le désordre et la chienlit dans le pays afin de pouvoir mettre en œuvre ‘’la plus grande stratégie’’ arrêtée d’un commun accord par les principaux opposants au régime RHDP.

Cette stratégie, selon certaines indiscrétions, consisterait à manœuvrer pour équilibrer ou inverser les rapports de force, avant l’élection présidentielle d’octobre 2020. Le boycott, par l’opposition, des travaux sur la recomposition de la Commission Électorale Indépendante, sa non-participation au Bureau de l’Assemblée Nationale ainsi que les rumeurs distillées sur la toile concernant la présence supposée de combattants djihadistes sur le sol ivoirien s’inscrivent dans cette optique.

Cette manière de faire la politique en stigmatisant les étrangers, en procédant à une instrumentalisation politique de sujets sensibles et en cherchant à déstabiliser le pays plutôt que de proposer un projet de société et un programme de Gouvernement cohérents et pragmatiques à même de séduire les Ivoiriens est déplorable et abjecte.

Heureusement que la Côte d’Ivoire compte encore des dignes fils et filles qui, par leur ardeur au travail, leur professionnalisme, leur sens élevé des responsabilités et leur profond amour pour la patrie, ont permis de « hisser la Côte d’Ivoire au rang de premier pays africain en matière de potentiel d’investissement » selon l’Union Européenne.

Tribune proposée par François Legre. 

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