Thaïlandais, Brésiliens, Béninois… Les nouveaux exilés politiques

Thaïlandais, Brésiliens, Béninois… Les nouveaux exilés politiques

Le 15 juillet dernier, le gouvernement américain annonçait qu’il allait désormais refuser les demandes d’asile déposées à sa frontière sud par les migrants n’ayant pas demandé le statut de réfugié au Mexique ou dans un autre pays sur la route des États-Unis. Une restriction du droit d’asile malheureusement de plus en plus courante, d’autant plus que les crises migratoires qui touchent l’Europe et l’Amérique attisent les tensions entre les populations autochtones et les flux de migrants, économiques ou politiques.

L’exil politique est aussi vieux que le pouvoir lui-même, et derrière les milliers d’anonymes, de grands noms ont subi cette douloureuse expérience : Victor Hugo, Ovide, Trotski, Zola, et même de Gaulle. Mais les évolutions politiques de ces dernières années ont charrié sur les routes de l’exil de nouvelles nationalités et de nouveaux profils. Sur les 300 000 millions de migrants dénombrés par les Nations Unies, plusieurs centaines de milliers sont d’ailleurs considérés comme « exilés politiques ». Condamnés à quitter leur pays au nom de leurs idées, ils vivent dans l’espoir de retourner un jour dans leur terre natale pour y changer les choses. La conflictualité grandissante entre les nations, mais aussi en leur sein, accroît les tensions et pousse des milliers d’individus à quitter leurs pays.

Ainsi, depuis huit ans quelle dure, la guerre civile syrienne a jeté sur les routes plus de 5 millions de personnes, soit un quart de la population du pays. Les premiers retours de civils s’organisent dans le chaos de l’après-guerre, mais pour les opposants au régime d’Assad, l’exil risque de durer encore des années.

En Thaïlande, pays victime d’un coup d’État militaire en 2014, plusieurs dizaines d’universitaires et activistes ont fui vers les pays voisins, l’Europe ou les États-Unis. Une trentaine de militants qui avaient eu pour seul tort d’exprimer des sympathies républicaines vivent cachés au Laos dans la crainte d’être assassinés par les hommes de main du régime.

Autre exemple : l’émigration vers le Portugal de milliers de Brésiliens suite à l’arrivée au pouvoir de Jaïr Bolsonaro. Le mouvement de départs vers l’ancien pays colonisateur, dû à des difficultés économiques, remonte à plusieurs années, mais les déclarations du Président d’extrême-droite et le climat menaçant qui règne depuis son accession au pouvoir lui ont donné un nouvel élan. Sentiment d’insécurité et homophobie décomplexée figurent parmi les motifs fréquemment mis en avant par les candidats à une vie plus sereine.

L’Afrique aussi connaît son lot d’exilés. Elle est aujourd’hui le premier continent pour l’accueil des réfugiés. Erythréens cherchant à fuir un régime despotique et son système de conscription délirant. Réfugiés du Sud Soudan. Opposants politiques pourchassés et menacés de prison à la suite d’une alternance, d’un coup d’État raté ou d’un tournant autoritaire. Au Bénin, la politique liberticide conduite par Patrice Talon a contraint à l’exil certains de ses opposants, dont Sébastien Ajavon, condamné à vingt ans de prison pour une obscure affaire de drogue après un simulacre de procès. Au Burundi, 400 000 personnes ont dû prendre la route ces dernières années, parmi lesquelles des opposants qui, en 2015, avaient tenté de protester en vain contre un troisième mandat du président Nkurunziza. En mai dernier, la justice burundaise ordonnait la saisie de biens de plusieurs militaires, politiques et représentants de la société civile, mesure considérée comme illégale et destinée à brimer l’opposition.

La liste pourrait se poursuivre ainsi sur plusieurs colonnes. En 2017, Amnesty International évaluait à 22 millions le nombre de personnes réfugiées. Cette année-là, rien qu’au premier semestre, plus de 1,3 million de personnes avaient dû fuir leur pays à cause d’un conflit et de persécutions. Dans le même temps, on constate un peu partout dans le monde, notamment dans les pays les plus prospères, une restriction des mesures d’accueil envers les réfugiés, souvent confondus avec une immigration qui suscite la méfiance croissante des populations. Une double peine pour celles et ceux qui n’ont d’autre choix que de quitter leur pays de peur d’y subir des sévices ou de perdre la vie.

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