Alassane Ouattara : Premier chef d’État ivoirien à se rendre en Russie

Alassane Ouattara : Premier chef d’État ivoirien à se rendre en Russie

Le président de la République de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, s’est rendu le 22 octobre à Sotchi en Russie pour assister au sommet Russie-Afrique, réunissant 47 chefs d’État et de gouvernement. L’objectif ? Défendre les intérêts de la Côte d’Ivoire et plus largement ceux de l’Afrique de l’Ouest. Ce déplacement constitue la deuxième étape de sa tournée asiatique qui avait commencé par un passage au Japon pour assister à l’intronisation du nouvel empereur Naruhito.

 

Premier Sommet Russie-Afrique

 

Avec la création de ce sommet, qui devrait se tenir tous les trois ans, le président russe Vladimir Poutine affiche sa volonté de renforcer sa présence sur un territoire que la Russie avait un peu abandonné à la fin de la Guerre Froide : le continent africain. Le président russe lui-même, en 20 ans, ne s’est d’ailleurs rendu que trois fois en Afrique subsaharienne. Tous les pays du continent ont été représentés à ce sommet. Pas moins de 47 chefs d’État et 7 ministres ou ambassadeurs étaient présents.

De tous les pays africains, la Côte d’Ivoire est l’un des pays où la Russie est le moins présente. Alassane Ouattara est d’ailleurs le premier président ivoirien à se rendre en Russie, comme il le rappelait à l’ouverture du sommet : « Je suis heureux d’être en Russie, la toute première visite d’un Chef d’État ivoirien dans ce grand pays, en vue de participer au 1er Sommet de haut niveau Russie – Afrique et au 1er Forum économique Russie – Afrique, qui ont lieu du 23 au 26 octobre 2019 ».

Cette rencontre inédite est l’occasion de développer des relations entre deux pays qui ont beaucoup à s’apporter. « Nous attendons beaucoup de choses de la Russie et nous avons beaucoup de choses à offrir à la Fédération [de Russie, ndlr] » a annoncé le Président ivoirien. Grâce à ce sommet, le gouvernement ivoirien va donc pouvoir donner une dimension internationale aux projets de réformes portés par la présidence.

 

Des investissements permettant une croissance inclusive 

 

La Côte d’Ivoire fait partie des pays possédant la plus forte croissance mondiale, soit entre 8% et 9% par an. Cette croissance est cependant encore assez peu inclusive : il est aujourd’hui nécessaire pour la Côte d’Ivoire d’augmenter les activités d’exploitation et de transformation des matières premières sur le territoire ivoirien. C’est dans cette optique qu’Alassane Ouattara s’est rendu au sommet de Sotchi. « Nous venons pour dire à nos amis russes que nous voulons qu’ils viennent investir en Côte d’Ivoire » a déclaré le Président.

Faute de moyens technologiques, la Côte d’Ivoire ne peut pas investir autant qu’elle le souhaite dans le secteur gazier et pétrolier, secteur dont la Russie a fait l’un de ses chevaux de bataille :  « Nous avons des gisements de gaz, des gisements de pétrole. Donc, nous voulons que les sociétés russes viennent investir également dans les infrastructures » a expliqué M. Ouattara.

Un investissement russe permettrait effectivement à la Côte d’Ivoire de développer ses infrastructures énergétiques et d’opérer un transfert technologique entraînant la production de produits finis à plus forte valeur ajoutée. Une transformation du gaz et du pétrole sur le sol ivoirien générerait des emplois, mais aussi positionnerait la Côte d’Ivoire comme fournisseur de gaz et de pétrole en Afrique de l’Ouest. La capacité d’un pays à transformer ses matières premières sur son territoire est l’un des principaux vecteurs de croissance inclusive, pierre angulaire de la politique économique ivoirienne.

 

La sécurisation du Sahel au cœur du débat

 

Si la coopération économique a été l’un des grands enjeux du sommet de Sotchi, les questions sécuritaires furent également à l’ordre du jour, à la différence des forums économiques sino-africains. « À l’instar des États-Unis et de la France, voire de l’Angleterre, son offre (la Russie ndlr) est globale : sécurité, économie et soft Power, contrairement à la Chine et à la Turquie, attirées par les immenses richesses de l’Afrique, mais qui ne sont pas en mesure de s’investir dans la sécurisation du continent, particulièrement en ce qui concerne la lutte contre la montée du terrorisme » analysait Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS. La sécurisation du Sahel est en effet l’une des préoccupations principales du gouvernement ivoirien.

Lors d’une rencontre avec Macky Sall, président du Sénégal, Alassane Ouattara avait pointé du doigt les manquements dans le dispositif du G5 Sahel, allant jusqu’à déclarer que « la Minusma et le G5 Sahel ne suffisent pas (…,) nous devons trouver un moyen de coordination plus élargi et plus efficace pour aider ces pays voisins [Mali, Burkina, Niger] à combattre le terrorisme ». C’est donc notamment pour obtenir une plus grande implication de la Russie dans le dispositif de sécurisation du Sahel que le président ivoirien s’est rendu à Sotchi.

La sécurisation de la région est d’ailleurs un prérequis à la pérennisation de la croissance de l’Afrique de l’Ouest et de la Côte d’Ivoire. Reste à voir si la tenue du sommet organisé par Vladimir Poutine accouchera d’une réelle politique d’entraide pour laquelle le président ivoirien milite depuis longtemps.

 

 

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