Onze millions d’emplois menacés par le Green New Deal européen

Onze millions d’emplois menacés par le Green New Deal européen

Le nouveau Pacte Vert européen ou ”Green New Deal” risque d’aggraver les divisions économiques et sociales entre les pays de l’Est et de l’Ouest de l’UE, affirment les syndicats, avertissant le bloc de 27 membres qu’il risque d’imploser avant qu’il n’atteigne son objectif de neutralité climatique pour 2050.

Les syndicats ont multiplié les avertissements selon lesquels le Green New Deal présenté par la Commission européenne en décembre dernier mettrait des millions d’emplois en danger, sans aucune assurance que les travailleurs des secteurs concernés auront un avenir.

«Nous parlons de près de 11 millions d’emplois directement affectés dans les industries extractives, les industries à forte intensité énergétique et dans l’industrie automobile», déclare Luc Triangle, secrétaire général d’IndustriAll, une fédération de syndicats.

La semaine dernière, la Commission européenne a déposé une loi européenne révolutionnaire sur le climat, visant à inscrire dans une législation stricte l’objectif de l’UE de devenir le premier continent climatiquement neutre au monde d’ici 2050. L’exécutif de l’UE devrait maintenant donner suite à une stratégie industrielle mardi 10 mars, définissant de nouveaux domaines de croissance pour l’Europe alors qu’elle s’achemine vers un avenir plus vert et plus connecté.

Mais si le projet de stratégie met l’accent sur la numérisation, il en contient peu pour les secteurs manufacturiers traditionnels comme la sidérurgie, l’automobile et la chimie, qui devraient être les plus durement touchés par la transition vers des émissions nettes nulles. « Il est facile de dire que nous devons atteindre des objectifs climatiques ambitieux d’ici 2050 et 2030 », affirme Luc Triangle. «Mais la stratégie industrielle devrait donner la réponse sur le« comment »nous y arriverons. Et pour le moment, nous n’avons pas encore ces réponses ».

Une nouvelle vague migratoire d’Europe de l’Est

Les syndicats sont particulièrement préoccupés par les divisions sociales et économiques que l’agenda vert risque de créer entre les pays pauvres de l’Est de l’UE et leurs voisins occidentaux plus riches.

Selon Luc Triangle, la transformation verte « sera beaucoup plus facile dans les pays nordiques ou occidentaux » que dans les États membres les plus pauvres de l’UE comme la Pologne, la Bulgarie et la Roumanie, où l’emploi dans certaines régions peut dépendre entièrement d’une seule industrie fortement polluante.

« Cela pourrait avoir un impact majeur sur la migration interne à l’intérieur de l’Union européenne », souligne Luc Triangle, affirmant que « près de 22 millions de personnes » ont déjà quitté l’Europe de l’Est pour trouver du travail dans les pays occidentaux et nordiques les plus riches au cours des 20 dernières années.

« Cela ne fera qu’augmenter si nous ne gérons pas cette transition correctement », a-t-il averti.

Les politiciens des États membres de l’Est de l’UE ont multiplié les avertissements selon lesquels la transition verte risque d’aggraver les divisions au sein de l’UE. Traian Băsescu, ancien président roumain, a ainsi déclaré que l’accord vert européen « va certainement créer des tensions » entre les pays de l’est et de l’ouest de l’UE, qui ont d’autres priorités économiques que la transition verte.

De telles disparités économiques et sociales « sont susceptibles de générer d’énormes tensions à l’intérieur de l’UE, ce qui pourrait conduire certains pays à envisager la possibilité de quitter l’Union », a-t-il récemment déclaré.

Cependant, malgré ses avertissements, Luc Triangle est également convaincu qu’une révolution industrielle verte est en marche et que la croissance future réside dans les industries bas carbone. L’année dernière, l’exécutif a calculé que le PIB de l’UE augmenterait de 2% d’ici 2050 si le bloc réduisait ses émissions à un niveau zéro net.

« L’Accord vert européen est notre nouvelle stratégie de croissance », avait annoncé la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, après avoir remporté un vote de confirmation au Parlement européen en novembre dernier. « Notre engagement est que personne ne soit laissé pour compte », avait aussi déclaré le vice-président de la Commission, Frans Timmermans, interrogé sur les inquiétudes concernant les coûts de la transition dans les pays de l’Est de l’UE.

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