Le dialogue interreligieux doit se poursuivre en Côte d’Ivoire

Le dialogue interreligieux doit se poursuivre en Côte d’Ivoire

En Côte d’Ivoire, il existe une culture de la tolérance et de l’œcuménisme. L’Etat y est laïc, et les communautés religieuses coexistent plutôt pacifiquement. Secouée par de récentes échauffourées dans une mosquée, la Côte d’Ivoire doit consolider le dialogue interreligieux dans le cadre d’une laïcité constitutionnelle et ne pas céder aux sirènes des radicaux.

Samedi 30 mai, un affrontement entre musulmans secouait la ville de Yorobodi dans le nord-est du pays près de la frontière du Ghana. Bilan : un mort, de nombreux blessés et la destruction de la grande mosquée. Des troubles auraient éclaté au sujet de l’agrandissement de l’édifice. « Tout est parti de l’offre d’un homme riche d’apporter une aide pour la construction d’une nouvelle mosquée à Yorobodi », a expliqué au téléphone un habitant  de la région à l’AFP. Mais « certains fidèles ont opté pour la destruction complète de l’édifice religieux qui, selon eux, cacherait des fétiches et bien d’autres objets contraires à la pratique musulmane » selon l’Agence ivoirienne de presse.

Des jeunes venus de la capital du pays auraient participé à la démolition d’une grande partie de la mosquée, avec l’aide de certains habitants, racontent des témoins de la scène. Le groupe s’est ensuite rendu au domicile du prédicateur, « où des affrontements ont eu lieu ». L’incident a entrainé l’instauration d’un couvre-feu de 20 heures à 6 heures du matin et a nécessité le déploiement de l’armée et de la gendarmerie dans la zone.

Des échauffourées qui détonnent avec la culture de tolérance du pays

Des échauffourées plutôt étonnantes pour cette ville paisible et dans un pays où la culture de la tolérance religieuse prévaut. Félix Houphouët-Boigny, père de l’indépendance du pays et à la tête de la Côte d’Ivoire de 1960 à 1993, a longtemps promu une approche œcuménique des religions. Il « avait de la laïcité constitutionnelle une conception philo-cléricale, plus proche du modèle anglo-saxon que du modèle français », comme l’explique Marie Miran, maître de conférence à l’EHESS.

Ce pays pluraliste se caractérise par une très grande diversité des pratiques. Aujourd’hui, l’islam y est la religion la plus répandue (43%), au côté du christianisme (34%), et des courants évangéliques (12%), sans oublier l’animisme (3%) ; les différents représentants religieux se réunissent au sein d’un Forum national des confessions religieuses regroupant quinze groupes religieux et culturel.

Laïcité et dialogue interreligieux au sommet de l’Etat

Marié à une Française catholique, Alassane Ouattara, premier chef d’Etat musulman de l’Histoire de Côte d’Ivoire, s’est appliqué depuis 2011 à nommer des religieux musulmans et chrétiens dans les institutions de l’Etat dans un souci d’équilibre. Parallèlement, les guides religieux ont activement participé à la pacification du pays, afin d’ « instaurer la paix en Côte d’Ivoire, et, ce, depuis la crise qu’a connu la Côte d’Ivoire, en 2002 » comme le précise le Pasteur Konan Daniel, responsable des affaires interreligieuses de l’Eglise Méthodiste-Unie.

La Côte d’Ivoire est un « pays mosaïque, pluriconfessionnel, multiethnique et cosmopolite » résume Marie Miran-Guyon*. Cette dernière évoque l’importance du dialogue interreligieux et surtout de la laïcité, «qui tient à son inscription dans celui bien plus vaste de la reconstruction de l’Etat et de la réconciliation de la nation ivoirienne», secouée par la « quasi-guerre civile qu’a déclenchée le coup d’Etat manqué de septembre 2002 ».

La menace djihadiste freinée aux portes du pays

Cet équilibre toujours précaire, est parfois menacé par la recrudescence de tensions au sein des communautés religieuses, à l’image de l’incident de Yorobodi. Toutefois, les jeunes musulmans défavorisés n’ont pas encore connu de «radicalisation de type djihadiste, mais les autorités musulmanes et politiques se sont alarmées du danger», précise l’experte. En 2016, un attentat faisait 19 morts sur une plage de Grand-Bassam, l’ancienne capitale de la Côte d’Ivoire, revendiquée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Il a rappelé à tous la nécessité de consolider la paix et la cohésion nationale derrière Alassane Ouattara.

La mort du chef d’AQMI Abdelmalek Droukdel, tué la semaine dernière au Mali par les forces françaises, devrait freiner la menace djihadiste aux frontières de la Côte d’Ivoire.

* « Gloire et déboires de la laïcité en Côte d’Ivoire au prisme de l’imaginaire social musulman »

 

 

 

 

 

 

 

 

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