Plan de relance de l’UE : le point et les réactions par pays

Plan de relance de l’UE : le point et les réactions par pays

A force de compromis, les 27 pays membres de l’UE sont parvenus à trouver un accord sur un plan de relance afin d’affronter la crise économique consécutive à l’épidémie de Covid-19. Le plan atteint les 750 milliards d’euros, un montant historique pour une émission de dette commune, un « outil de solidarité » présenté par les signataires comme une victoire de l’Europe… et autant de petites victoires personnelles dans le sens des intérêts nationaux.

La somme record sera empruntée sur les marchés par la Commission européenne puis répartie parmi les pays les plus affectés par la crise économique. Cette aide qui servira à financer des programmes de réforme et d’investissements se divise en deux volets : des prêts pour un montant de 360 milliards et des subventions pour 390 milliards, au lieu des 500 initialement souhaités par le couple franco-allemand à l’initiative de la proposition.

Les négociations auront été marquées par une âpre lutte menée par des pays dits « frugaux » afin de réduire la voilure du sauvetage et d’obtenir des contreparties non négligeables pour leurs économies. Mené par les Pays-Bas, ce petit groupe est parvenu à mettre la pression pour que soient réduits les transferts envers les principaux pays bénéficiaires, l’Italie et l’Espagne, dont les politiques budgétaires sont jugées laxistes. Autre bloc soudé dans les négociations, le “groupe de Visegrad” mené par la Hongrie et la Pologne est parvenu à réduire la menace de sanction par les institutions de l’Union en cas de manquement à l’État de droit.

Le couple franco-allemand relancé par un accord « historique » ?

Ce plan de relance, nouvel étendard d’une Europe volontaire pour se relancer en pleine crise, a été salué comme « historique » par un moteur franco-allemand semble-t-il refait. Angela Merkel s’est félicitée d’un accord témoignant du fait que les pays européens « peuvent encore agir ensemble ». Selon la chancelière allemande il s’agit d’« un signal important qui va au-delà de l’Europe », « une réponse à la plus grande crise de l’UE depuis sa création ».

Pour Emmanuel Macron, « le plan de relance fondé sur cette solidarité européenne, c’est un changement historique de notre Europe et de notre zone euro ». Une victoire collective obtenue à l’arrachée, toutefois dénoncée par les oppositions comme un jeu à somme négative pour la France, qui devrait bénéficier d’environ 40 milliards d’euros (les sommes précises restent à définir).

Belgique et Pays-Bas flattés en douanes

« Nous avons un accord, et un bon accord ! (…) Jamais l’Union européenne n’avait décidé d’investir de manière aussi ambitieuse dans l’avenir » s’est réjouie la Première ministre belge Sophie Wilmès. Sur le plan parallèle de la défense des intérêts nationaux, elle juge que la Belgique « s’en sort pas mal », notamment car elle bénéficiera d’une hausse des perceptions de droits de douane sur les importations provenant de pays hors-UE. Cela représente des sommes importantes pour un pays aux zones portuaires très actives.

Cette augmentation de la part sur les droits de douane a été centrale pour rallier les Pays-Bas et leur Premier ministre Mark Rutte, qui au cours des négociations a incarné l’exigence et/ou l’égoïsme national, selon les points de vue. L’opposant à une « Europe des transferts » est rentré chez lui satisfait après s’être bâti une stature de leader des pays dits « frugaux » (Pays-Bas, Autriche, Danemark, Suède, auxquels s’est alliée la Finlande). Ceux-ci ont également obtenu de significatifs rabais sur leurs contributions au budget de l’UE.

Contre les « égoïsmes », l’Italie et l’Espagne grands gagnants

Dans la ligne de mire des « frugaux », l’Italie et l’Espagne sont les plus grands bénéficiaires de ce plan de relance, alors que leurs économies étaient déjà branlantes avant la crise actuelle. On lit dans certains titres de presse que « l’Italie crie victoire », puisque le pays sera le plus aidé parmi les 27. « Notre dignité a été préservée. Avec plus de 200 milliards d’euros, nous pouvons faire repartir le pays » s’est réjoui Guiseppe Conte, le président du Conseil italien. Celui-ci a dénoncé au passage « l’égoïsme des pays frugaux qui mettent en péril l’avenir du projet européen », mais il devra composer avec l’œil scrutateur de l’Europe sur ses dépenses publiques.

Avec quelque 140 milliards prévus, l’Espagne est le deuxième pays le plus aidé, ce dont s’est félicité Pablo Iglesias, cofondateur de Podemos et deuxième vice-président du gouvernement espagnol. « C’est un tournant : un renoncement historique de l’Europe de l’austérité et une manière d’affronter la crise économique diamétralement opposée à celle de 2008, a-t-il déclaré dans une interview au Monde. Il n’y aura pas « d’hommes en noir » ni de coupes budgétaires. »

Pologne et Hongrie satisfaits d’une moindre pression sur l’État de droit

Les pays du Sud ne sont pas les seuls à se clamer victorieux, d’après les déclarations très satisfaites des dirigeants hongrois et polonais. Les deux puissances du «groupe de Visegrad » , qui compte également la République tchèque et la Slovaquie, ont défendu une position commune face à l’intransigeance des Pays-Bas.

Aussi et surtout, le Premier ministre hongrois Viktor Orban et son homologue polonais Mateusz Morawiecki ont bataillé ferme pour voir s’éloigner le spectre de sanctions européennes sur des conflits en cours. « Il n’y aura pas de lien direct entre le soit-disant État de droit et les ressources budgétaires » a assuré lors d’une conférence de presse le président du Conseil des ministres polonais, tandis que M. Orban ajoutait de son côté, sans crainte d’exagération : « Ils ont voulu introduire un nouveau système mais on les en a empêchés. »

Des déclarations qui contredisent la portée des paroles du président du Conseil européen, Charles Michel, qui affirmait après le conclusion de l’accord que « pour la première fois, le respect de l’État de droit devient une condition pour l’octroi des fonds ». La vérité se situerait à mi-chemin du fait d’un « régime de conditionnalité » à la formulation suffisamment floue pour que chacun puisse défendre publiquement sa version. Initialement le texte prévoyait des « sanctions », désormais il évoque des « mesures » qui doivent encore être détaillées.

Malgré cet important cap franchi, après bien des écueils évités, la route n’est pas pour autant terminée. Le Parlement européen, qui souhaitait un plan bien plus ambitieux pouvant atteindre les 2000 milliards d’euros, doit encore se prononcer sur les différents volets de l’accord. Avec comme principal point de friction le budget de l’Union, jugé tr maigre. Les parlements nationaux devront également le ratifier, ce qui ne sera pas simple dans certains pays.

Gaëtan Mortier

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