Troubles anti-français dans le monde arabe, confusion et premières réponses

Troubles anti-français dans le monde arabe, confusion et premières réponses

L’entretien clarificateur accordé par Emmanuel Macron à Al Jazeera sur les caricatures et la liberté d’expression en France s’est déroulé au cœur de nombreux remous dans le monde arabe. Le soutien du président français aux caricaturistes et son hommage aux victimes du terrorisme avait déjà donné lieu à des interprétations de mauvaise foi, des condamnations de foules anonymes comme de responsables politiques, des manifestations agitées, le tout accompagné d’appels au boycott des produits français. Par un affolant renversement de la réalité, la victime est fantasmée en bourreau et des offensés se muent en agresseurs appelant jusqu’au meurtre vengeur.

La confusion a été favorisée par la chaîne qatarie d’info en continu Al Jazeera dont la couverture médiatique des troubles anti-français a aux premiers jours été digne de celle du coronavirus en France, soit une majorité du temps d’antenne. Aussi, des “erreurs” de traduction des propos du président Macron ont aussi été soulignées. Le double jeu d’un média dépendant de la famille régnante du Qatar a ces dernières largement entaché sa réputation, du fait d’un traitement de l’information orienté par l’islamisme militant (à lire par exemple dans les Échos « Al Jazeera, le déclin de la CNN du monde arabe » et dans Libération « Macron sur Al-Jezira : une opération clarification bien calibrée »).

Selon les déclarations du ministre délégué français en charge du Commerce extérieur et de l’Attractivité, Franck Riester, l’appel au boycott ne serait que peu suivi et ne concernerait quelques produits alimentaires. Il a en outre dénoncé le comportement du président turc Erdogan, qui a contribué à hystériser les opinions : « La Turquie est un partenaire de la France, mais elle a des attitudes inacceptables ». Si le ministre a affirmé souhaiter des relations économiques fortes avec la Turquie, il a cependant souligné que « la Turquie a plus besoin de l’Europe que l’inverse ».

Au Moyen-Orient, la voix la plus forte pour prendre la défense du président français est venue des Émirats arabes unis. Interviewé par le quotidien allemand Die Welt, le ministre émirati des Affaires étrangères, Anwar Gargas, a nié que la France exclue les musulmans. Et a dénoncé lui aussi « la récupération politique » du président turc : « Dès qu’Erdogan voit une faille ou une faiblesse, il l’utilise pour accroître son influence. C’est seulement lorsqu’on lui montre la ligne rouge qu’il se montre prêt à négocier. » Entre les dossiers syrien et libyen, Poutine en sait quelque chose.

G.M.

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