Contre la Chine, les États-Unis relancent une alliance dans l’Indo-Pacifique

Contre la Chine, les États-Unis relancent une alliance dans l’Indo-Pacifique

Les États-Unis, l’Inde, le Japon et l’Australie se sont réunis vendredi dernier lors d’un sommet dont l’objectif est de configurer une alliance déterminante afin de contrer « le plus grand défi géopolitique du 21e siècle », selon la nouvelle administration Biden. Une nécessité défendue avec force face à une Chine revancharde et expansionniste qui dérange dans son voisinage immédiat, et bien au-delà. Les contentieux ne cessent de s’accroître alors que l’intransigeance du régime chinois n’augure rien de bon.

Il n’aura pas fallu longtemps à l’administration Biden pour reprendre le flambeau d’une lutte stratégique contre la deuxième puissance mondiale, qui vise coûte que coûte la plus haut marche du podium au plus tard en 2049, pour le centenaire de la République populaire de Chine. Mais, contrairement à l’administration Trump enfermée dans une logique solitaire stérile, Joe Biden préfère affermir les alliances pour mieux faire front. C’est avec cet objectif en vue que s’est tenu en visioconférence le sommet « Quad » (Quadrilateral Security Dialogue), une alliance créée en 2007 mais qui ne s’était jamais réunie au plus haut niveau avec les chefs d’État.

La Chine se rêve en « grande œuvre millénaire »

Début mars déjà, le secrétaire d’État Antony Blinken décrivait le régime autoritaire chinois comme « un défi prolongé à l’égard d’un système international stable et ouvert », avant d’ajouter : « Notre relation avec la Chine sera concurrentielle quand elle doit l’être, collaborative quand elle peut l’être et antagoniste quand c’est nécessaire ». A priori personne ne souhaite un conflit militaire, mais la guerre peut se mener de bien des façons. Nul doute que de part et d’autres les angles d’attaque s’affûteront puisque Pékin, habitué à refuser la moindre concession, même verbale, ne cache pas des ambitions inquiétantes.

Au-delà des actes, en témoigne la déclaration du ministre des Affaires étrangères Wang Yi, en début de mois : « Les 100 ans du Parti communiste [commémorés en 2021] ne sont que le préambule d’une grande œuvre millénaire » (lire dans Le Monde : « La diplomatie chinoise n’entend faire aucune concession »). Dur à entendre sans ressentir de malaise de la part d’un régime ultra-répressif accusé notamment d’une coercicion féroce envers les Ouïghours, ainsi que de néo-colonialisme agressif en dehors de ses frontières.

Les deux axes du Quad : liberté maritime et « diplomatie du vaccin »

La réunion des puissances amies de l’Indo-Pacifique qui souhaitent une coopération renforcée face à la Chine est décrite comme « un nouveau dispositif diplomatique » par la Maison Blanche. Leur objectif est clair, même si une fausse pudeur les a empêchés cette fois-ci de nommer l’adversaire. L’accent voulait être mis sur une volonté positive de coopération technologique et productive d’un côté, et de l’autre la défense proactive d’une région indo-pacifique « libre et ouverte ». Un credo libéral défendu de longue date contre les incursions expansionnistes chinoises en mer de Chine méridionale (lire par exemple « La Chine, un empire à l’assaut du droit de la mer », Le Monde ; ou le dossier du magazine Diplomatie de janvier-février 2017, « Tensions en mer de Chine ») et autour des îles Senkaku contestées au Japon.

Ainsi les États-Unis, le Japon, l’Inde et l’Australie ont rédigé à l’issue de leur dialogue une déclaration commune qui les engage à défendre l’état de droit, la liberté de navigation et la sécurité maritime. Le Premier ministre indien, Narendra Modi, dont le pays connaît de vives tensions frontalières dans l’Himalaya face aux forces chinoises, a salué à travers l’activation dynamique de cette alliance « un pilier important pour la stabilité ».

Cet aspect essentiel de la coopération entre alliés a été couronné par un second volet : la « diplomatie du vaccin », sur laquelle la Chine a pris une certaine avance. Cette dernière a multiplié les livraisons de par le monde, en particulier dans le sud-est asiatique, tout en faisant le maximum pour éviter que la lumière soit faite sur les origines de la pandémie. Le président américain Biden a décidé de faire fort en annonçant un ambitieux programme de production et de distribution de vaccins contre le Covid dans la région indo-pacifique. Chacun des alliés prendra sa part, comme l’a expliqué la Maison Blanche : « Avec les capacités de production indiennes, la technologie américaine, des financements japonais et américains et la logistique australienne, le Quad a promis de livrer jusqu’à un milliard de doses », et ce d’ici la fin 2022.

La soumission par Pékin, des leviers contre la Chine

Au-delà de la défense du droit maritime et de la lutte contre le Covid, qui peut contribuer à améliorer l’image des États-Unis, d’autres gros dossiers focalisent l’attention sur la Chine, de Taïwan à Hongkong en passant par la délicate question ouïghour, longtemps ignorée. Difficile de refuser de voir aujourd’hui ce que certains qualifient de « génocide ».

Désormais ceux qui s’opposent à la montée en puissance chinoise ne vont pas manquer d’appuyer sur cette plaie ouverte. Camps de « rééducation » pires que des prisons, disparitions et stérilisations forcées, suivi à domicile des Ouïghours par des fonctionnaires chinois afin de contrôler leur acculturation… ( « Ouïghours : “La Chine remplit tous les critères de définition du génocide” », sur Francetvinfo.fr). A l’heure actuelle, la visite d’ambassadeurs de l’Union européenne dans le Xinjiang, où sont internés au moins un million de Ouïghours, est au point mort. Ils n’ont pas l’autorisation de rencontrer un universitaire ouïghour emprisonné, qualifié de « criminel » par le pouvoir chinois qui parle de « demandes inacceptables »… Comme l’est à priori toute enquête indépendante sur les origines du coronavirus à Wuhan.

Outre la pomme de discorde taïwanaise, la question de la reprise en main musclée de Hongkong contribue à focaliser la lumière crue des projecteurs sur Pékin. La toute fraîche réforme du système électoral hongkongais dissout ce qui y restait de démocratie. A cela s’ajoute l’arrestation de 47 candidats de l’opposition qui avaient participé à des primaires l’été dernier. Toute opposition est criminalisée, jusqu’à être décimée.

Ces dernières semaines un autre front contre les desseins autoritaires chinois semble se dessiner en Birmanie. La Chine n’a pas condamné le coup d’État qui ensanglante son voisin, secoué par des manifestations pro-démocratie, et désormais par des représailles contre les intérêts chinois. Plusieurs dizaines d’usines chinoises ont en effet été incendiées ces derniers jours par des manifestants qui accusent Pékin d’être à l’origine de coupures du réseau mobile et de l’internet. Le savoir-faire chinois en la matière profiterait à la junte dont la répression s’accroît. La gêne de Pékin devient palpable, même si la diplomatie chinoise ne parle pour l’instant que d’« incidents ».

Les diplomates de l’équipe du Quad auront beaucoup à faire au cours des prochains semaines, de nombreuses rencontres bilatérales étant prévues pour affiner les termes de l’approfondissement de leur coopération. Aussi, aura lieu demain jeudi la première réunion sous la présidence Biden de diplomates nord-américains et chinois… en Alaska, où l’ambiance promet évidemment d’être glaciale.

Gaëtan Mortier

 

Crédit photo : US Navy

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