Pétrole : Alassane Ouattara, chef d’orchestre de la lutte anti-corruption

Pétrole : Alassane Ouattara, chef d’orchestre de la lutte anti-corruption

Mercredi 1er septembre, le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Energie, Thomas Camara, annonçait qu’une “découverte majeure de pétrole (et de gaz naturel associé, ndlr) dans le bassin sédimentaire de la Côte d’Ivoire (venait) d’être faite par la société italienne Eni dans le bloc CI-101, en eaux profondes, opéré en consortium avec la société nationale Petroci Holding”. Réalisée à 60 km au large de la station balnéaire d’Assinie, non loin de la frontière ghanéenne, cette découverte a ravivé les ambitions économiques du gouvernement Ouattara, soucieux de protéger son pays face au fléau de la corruption sévissant bien souvent dans cette industrie. 

Perspectives ambitieuses

Alors que la Côte d’Ivoire est considérée à l’échelle africaine comme un modeste producteur de pétrole, le pays a révisé en 2015 son code pétrolier afin de pouvoir attirer de nouveaux investisseurs. Une véritable impulsion politique soutenue par le président Alassane Ouattara qui souhaite faire de l’or noir et du gaz des moteurs de développement économique. Quatre ans plus tard, l’Etat conclut des partenariats avec la société italienne Eni et la compagnie pétrolière française Total. 

L’objectif ? Explorer quatre blocs pétroliers au large de ses côtes. Un contrat correspondant à un investissement de 185 millions de dollars et une augmentation de 12% de la production pétrolière, qui atteint aujourd’hui un volume journalier de 36 000 barils. Le groupe Total n’avait-il pas évoqué un “résultat très prometteur” sur ses recherches en eaux profondes au large des côtes ivoiriennes ?

Pour Thomas Camara, “le potentiel (de ce nouveau gisement) peut être estimé de manière préliminaire (entre) environ 1,5 (et) 2 milliards de barils de pétrole brut d’une part, et d’autre part (entre) 1800 (et) 2400 milliards de pieds cube de gaz associé”. De quoi accélérer de façon considérable la production nationale en hydrocarbures au cours des prochaines années. Ce n’est pas pour rien que le ministre envisage d’intégrer son pays dans les hautes sphères des pays africains producteurs de pétrole. 

Ambitions majeures

Pour le président ivoirien, cette découverte ouvre de larges perspectives pour l’économie du pays, qui devrait multiplier ses réserves prouvées par vingt : “Je me réjouis de cette importante découverte de pétrole brut et de gaz naturel dans le bassin sédimentaire de notre pays. De belles perspectives pour la production pétrolière et gazière dans les années à venir”, a-t-il écrit sitôt la nouvelle annoncée. 

Selon le groupe italien Eni, “un programme d’évaluation sera mis en œuvre afin d’évaluer l’important potentiel à la hausse de l’ensemble de la structure qui se prolonge dans le bloc CI-802, également exploité par Eni avec la même co-entreprise”. Alassane Ouattara peut se frotter les mains : cette découverte devrait faciliter la concrétisation des objectifs de son programme “Côte d’Ivoire Solidaire”. 

Lutte contre la corruption

Malheureusement, la découverte d’hydrocarbures est parfois associée à des affaires de corruption. On se souvient notamment de la saga de l’OPL 245 au Nigéria, du scandale sous le régime de Joseph Kabila, en République démocratique du Congo en juin dernier, ou encore de l’implication de la société Gunvor dans la fourniture d’armes au régime de Laurent Gbagbo, en pleine crise post-électorale ivoirienne 2011. 

Mais pour le chef d’Etat, pas de corruption en Terre d’Eburnie ! A ce sujet, il avait notamment affirmé en janvier 2018, lors du 30ème Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine : “La Côte d’Ivoire a pris des dispositions pour améliorer la bonne gouvernance”. Une déclaration toujours d’actualité tandis que le président n’hésite pas à faire de la lutte anti-corruption son cheval de bataille.

Pour cela, Alassane Ouattara a fait le grand ménage au sein des entreprises publiques de son pays. C’est par exemple de la cas de la Société nationale des opérations pétrolières (Petroci), dont le conseil d’administration, contrôlé à 100% par l’Etat, a nommé Vamissa Bamba au poste de directeur général, succédant à Ibrahima Diaby, qui occupait le poste depuis mi-2015. Si le nouveau DG de la société connait bien son entreprise, pour y avoir travaillé de nombreuses années, c’est également un proche du ministre Thomas Camara, lui-même ancien directeur de la Société ivoirienne de raffinage (SIR). 

Quant au Port autonome d’Abidjan, également contrôlé à 100% par l’Etat, de nouvelles modifications de l’organigramme ont été opérées : Djénéba Gon Coulibaly-Okou devient directrice générale adjointe, poste nouvellement créé. Loin d’être exhaustive, la liste de ces nouvelles nominations, qui font suite à des audits réalisés au sein des sociétés concernées, reflète la volonté du président Ouattara de montrer des gages de bonne gouvernance aux partenaires économiques du pays. Une opération « mains propres » qui tombe à point nommé.  

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