Avant le Sommet des Amériques, le Mexique met la pression sur Biden

Avant le Sommet des Amériques, le Mexique met la pression sur Biden

Le 9e Sommet des Amériques, qui se tiendra du 6 au 10 juin, réunira-t-il tous les chefs d’État du continent, ou bien certains pays non démocratiques seront écartés par l’administration Biden ? Si Cuba, le Venezuela et et le Nicaragua ne sont pas invités, le président mexicain López Obrador a déclaré qu’il ne s’y rendra pas. Le Brésil, le Honduras et la Bolivie sont sur la même ligne.

A moins d’un mois du 9e Sommet des Amériques, organisé tous les trois ans, la liste des invités fait débat et provoque des tensions, notamment entre le Mexique et les États-Unis. La semaine dernière, le chef d’État mexicain Andrés Manuel López Obrador a déclaré que, si tous les pays n’étaient pas conviés, il serait absent et enverrait son ministre des Affaires étrangères Marcelo Ebrard. Car le voisin nord-américain ne souhaite pas inviter les États non démocratiques, avec lesquels le président de gauche mexicain entretient des sympathies « anti-impérialistes ».

De son côté le président brésilien Jair Bolsonaro ne se rendrait pas non plus au sommet, selon les dires de certains de ses proches. Le porte-parole du ministère brésilien des Affaires étrangères a confirmé les doutes : « La présence du Président est en train d’être étudiée ». Depuis l’élection de Joe Biden, les chefs d’État brésilien et américain ne se sont pas encore parlés. Le Honduras et la Bolivie de Luis Arce, ancien ministre de l’Économie d’Evo Morales, ont également menacé de ne pas venir si toutes les nations américaines n’étaient pas invitées.

Le Mexique défend la « souveraineté » et la « fraternité universelle »

« Il ne nous paraît pas opportun d’inviter des pays qui ne respectent pas la démocratie » a fait valoir le sous-secrétaire américain pour l’hémisphère occidental Brian Nichols, en faisant référence à Cuba, au Venezuela et au Nicaragua. Probablement contrariée par la position mexicaine, la Maison Blanche, par la voix de sa porte-parole Jen Paski, a fait valoir qu’« aucune décision finale n’avait été prise pour l’instant ». Les invitations n’ont en effet pas encore été émises.

Tout en exprimant son respect envers Biden, « une bonne personne, responsable et démocrate », le président mexicain Obrador déclarait la semaine dernière : « Je ne veux pas que la même politique se poursuive en Amérique, je veux affirmer l’indépendance et la souveraineté et faire preuve de fraternité universelle ». Il a ensuite précisé que sa décision n’était pas encore prise, car « il y a encore du temps avant le sommet et nous pouvons parvenir à un accord, nous devons tous chercher l’unité ».

Historiquement solidaire de Cuba, le Mexique s’en fait l’avocat depuis l’élection d’Obrador. Celui-ci y a d’ailleurs effectué une visite en début de mois, appuyant son soutien diplomatique au gouvernement de Miguel Díaz-Canel. En plus de défendre sa participation au prochain Sommet des Amériques, il s’est exprimé en faveur de la levée de l’embargo américain contre l’île. En parallèle, le président mexicain a quitté Cuba après avoir signé un accord en matière de santé comprenant notamment l’achat de vaccins cubains contre le Covid-19. A cela s’ajoute une nouvelle vague d’emploi de centaines de médecins cubains, entraînant les critiques d’un secteur médical mexicain sinistré et en manque cruel de moyens.

La question migratoire toujours plus sensible

« Les menaces de boycott montrent les défis qu’affronte le gouvernement de Biden pour promouvoir ses intérêts dans les Amériques (…) écrit le New York Times. En autres thèmes, le gouvernement étatsunien cherche parvenir à un accord significatif sur la migration illégale avant les élections intermédiaires. » Migrants illégaux dont le nombre a explosé depuis l’élection de Joe Biden. Les autorités américaines ont comptabilisé en mars dernier un nombre record de 210.000 migrants interceptés à la frontière avec le Mexique, le chiffre le plus élevé en 20 ans. Les dernières données officielles indiquent que cette année environ 7.000 personnes sont arrêtées chaque jour par la Patrouille frontalière, soit un rythme encore supérieur à 2021.

Le Mexique participe avec les États-Unis à la tentative de jugulation, au contrôle erratique des flux migratoires massifs, majoritairement en provenance d’Amérique centrale. Des centaines de milliers de migrants sont bloqués côté mexicain dans des conditions de plus en plus précaires. Depuis la traversée de la frontière sud, entre le Mexique et le Guatemala, jusqu’à la frontière nord, ils demeurent de surcroît sous la menace permanente des cartels mexicains, dont la puissance inouïe ne cesse de croître. Afin de résoudre le problème migratoire, perçu aussi négativement par la population mexicaine que nord-américaine, López Obrador demande aux États-Unis d’augmenter ses aides et investissements en Amérique centrale.

Réforme énergétique, Ukraine : des points de discorde

Si le dialogue entre le Mexique et son puissant voisin demeure officiellement cordial, nul doute qu’un certain nombre de questions épineuses froissent des deux côtés du Río Grande. La réforme énergétique nationaliste du gouvernement mexicain, qui vise à écarter les entreprises étrangères au profit d’une entreprise d’État, crée des tensions dans le cadre de leur accord de libre-échange.

Aussi, la position de neutralité du Mexique au sujet de l’invasion russe de l’Ukraine ennuie l’administration Biden. Le président mexicain a déclaré le mois dernier souhaiter « une solution pacifiste au conflit », ce qui correspond concrètement à un refus de condamner une Russie avec laquelle il ne souhaite pas se brouiller. Aussi gênant, la formation en pleine guerre par certains parlementaires proches du parti au pouvoir d’un « groupe d’amitié Mexique-Russie ». L’ anti-impérialisme de la gauche mexicaine, qui est parfois un anti-occidentalisme schizophrène, demeure en effet prégnant.

Gaëtan Mortier

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