Vladimir Poutine, Alpha Condé : modifier la Constitution pour mieux rester au pouvoir

Vladimir Poutine, Alpha Condé : modifier la Constitution pour mieux rester au pouvoir

En janvier dernier, Vladimir Poutine surprenait tout le monde en annonçant une réforme de la Constitution, jamais modifiée depuis 1993. Beaucoup y voyaient une nouvelle manœuvre de l’homme fort de la Fédération de Russie pour garder la mainmise sur la présidence, après son accession au pouvoir en 1999. Même constat en Guinée, où le président Alpha Condé a annoncé un référendum pour modifier la Constitution, dans l’optique de préparer un troisième mandat consécutif. Des réformes constitutionnelles qui ont du mal à passer dans l’opposition.

Le 15 janvier 2020, Vladimir Poutine annonçait une réforme constitutionnelle en même temps que le changement de gouvernement (La démission de Dmitri Medvedev entrainait son remplacement par le patron du fisc russe, Mikhaïl Michoustine). « La Russie est mûre pour un changement constitutionnel » affirmait alors le président russe. L’enjeu affiché de cette réforme ? Renforcer le rôle du Parlement dans la constitution du gouvernement, en lui permettant notamment de nommer le premier ministre. Mais de nombreuses voix s’élevaient, voyant là une énième tentative du président pour garder le pouvoir acquis en 1999 (après 4 mandats présidentiels entrecoupés d’un mandat en tant que Premier ministre sous la présidence de Medvedev), en ajoutant la possibilité de briguer un troisième mandat présidentiel consécutif. Vladimir Poutine avait alors démenti son intention de faire un nouveau mandat en 2024, sans convaincre ses détracteurs.

Vladimir Poutine sur le chemin d’un troisième mandat consécutif

Ce mardi 10 mars, Vladimir Poutine en finissait avec le suspense qui régnait depuis le début de l’année en annonçant qu’il souhaiterait que la contrainte liée au nombre de mandats disparaisse en votant un amendement constitutionnel. Devant le Parlement, il affirmait : «Un pouvoir présidentiel fort est absolument nécessaire à la Russie». Dans la foulée, le texte recevait l’approbation d’une écrasante majorité de députés (382 pour, 44 abstentions). La possibilité d’un troisième mandat se profile donc, à deux conditions : la validation par la Cour constitutionnelle russe que cet amendement ne soit pas contraire aux principes fondamentaux de la Constitution, et surtout, le vote positif de cet amendement lors du référendum du 22 avril. Pas encore gagné, si l’on en croit le sondage récent du centre analytique Levada qui estime que seuls 25% des Russes seraient prêts à voter en faveur des changements constitutionnels, et 44% qui souhaiteraient voir le président quitter le pouvoir. En attendant, de nombreux membres de l’opposition évoquent un « coup d’État constitutionnel ».

Alpha Condé veut mourir au pouvoir” d’après Cellou Dalein Diallo

Les craintes sont similaires en Guinée, où le président Alpha Condé, en poste depuis 2010 et deux mandats, a souhaité mi-décembre faire modifier la Constitution. Les changements proposés dans la réforme portent sur des sujets divers comme la lutte contre le réchauffement climatique, l’interdiction du mariage des mineurs, ou encore l’égalité hommes-femmes. « La Constitution guinéenne doit répondre aux besoins du monde actuel” défendait le président début février. Mais l’opposition a rapidement vu dans cette manœuvre un écran de fumée pour masquer le véritable enjeu de cette réforme : la possibilité de briguer un troisième mandat pour le Chef d’État de 82 ans.

« Tout ce qui est présenté comme une innovation est soit déjà prévu par le Code pénal ou relève de simples lois organiques ou ordinaires. L’unique objectif de ce texte est de permettre au président de se représenter en mettant les compteurs à zéro à huit mois de la fin de sa deuxième présidence. Tout le monde sait qu’il s’agit d’un coup d’Etat constitutionnel : Alpha Condé veut mourir au pouvoir » explique Cellou Dalein Diallo, dirigeant de l’Union des forces démocratiques de Guinée, premier parti d’opposition.

Le référendum portant sur la Constitution était prévu le 1er mars et a été reporté par le président, suite à des protestations violentes de l’opposition. Des bureaux et du matériel de vote ont été détériorés, empêchant le déroulement du scrutin (dont la crédibilité est sévèrement remise en cause par l’opposition mais aussi à l’international) et forçant le report. L’opposition ne compte pas s’arrêter là. Cellou Dalein Diallo prévient : « Nous voulons amener le chef de l’Etat à renoncer à son projet conflictuel et illégal de troisième mandat.  (…) Non au coup d’Etat constitutionnel, non à la mascarade électorale ni le 1er mars, ni dans 15 jours. »

Kofi Yamgnane, ancien député franco-togolais, conclut : « Je comprends bien que les hommes veuillent changer de Constitution pour adapter les nouveaux textes au monde qui change. Mais si c’est pour leur propre calendrier interne, c’est-à-dire pour pouvoir se représenter indéfiniment aux élections, cela ne tient pas la route. »

 

 

 

 

 

 

 

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