Face aux Etats-Unis, le Venezuela a des alliés

Face aux Etats-Unis, le Venezuela a des alliés

La crise que traverse le Venezuela est particulièrement dévastatrice. L’inflation complètement folle a mis à genoux l’économie du pays et les Etats-Unis entretiennent la machine à déstabilisation pour se débarrasser d’un pays qui a su faire fi du modèle américain. Le Venezuela aurait pu tomber sous les coups de Washington, mais Caracas peut compter sur ses alliés et une certaine inventivité sur le plan financier.

L’Amérique latine est la chasse gardée des Etats-Unis depuis l’instauration de la doctrine Monroe au début du XIXsiècle. Les Européens sont priés d’aller voir ailleurs et avec le temps et la toute-puissance des Yankees, les Etats d’Amérique latine ont été invités par la force à se plier à l’idéal « américain ». Or, depuis 1999, le Venezuela résiste encore et toujours aux assauts impérialistes des présidents états-uniens. Trump et son besoin de soumettre tout le monde ne font pas exception comme l’a récemment affirmé Nicolas Maduro, le président vénézuélien.

Le chef de l’Etat vénézuelien, dont la réélection de mai 2018 doit l’asseoir au pouvoir pendant six nouvelles années à compter de janvier 2019, a fait des déclarations troublantes, mais finalement guère surprenantes. Ce 10 décembre, il a affirmé que Washington avait lancé un plan pour qu’un coup d’Etat éclate à Caracas et emporte l’héritage chaviste. Une prochaine conférence de presse doit donner les détails de cette opération coordonnée « directement depuis la Maison Blanche ». Un article du New York Times daté de septembre évoquait déjà une opération militaire visant à couper la tête de la République bolivarienne.

Il n’y a pas de fumée sans feu et les Etats-Unis ont démontré leur propension à jouer les pyromanes. Ainsi, Caracas doit s’entourer de partenaires capables de l’épauler dans un combat inégal. Une entreprise qui porte ses fruits puisque le président Maduro a rencontré coup sur coup les présidents turc et russe afin de renforcer leur collaboration. Des accords de coopération ont été signés avec la Turquie tandis que le voyage de trois jours de Nicolas Maduro à Moscou a été couronné de succès.

Et pendant ce temps-là, la France s’obstine à lui donner des leçons, soutenant l’initiative du Canada et de cinq pays latino-américains de demander une enquête de la Cour pénale internationale (CPI) sur « de possibles crimes contre l’humanité » commis selon eux par le gouvernement du Venezuela. Ce même Emmanuel Macron qui se retrouve aujourd’hui sous le feu des projecteurs avec les Gilets jaunes, lorsqu’il envoie des véhicules blindés dans les rues de Paris ou met à genoux la jeunesse de Mantes-la-Jolie. L’occasion pour le Venezuela d’appeler Paris à respecter les droits fondamentaux des manifestants. A se demander si Emmanuel Macron ne devrait pas s’occuper de ce qu’il se passe chez lui plutôt que de donner des cours de démocratie aux Pays du Sud.

Mais Maduro peut compter lui sur ses alliés. Il vient d’annoncer six milliards de dollars d’investissements russes dans les secteurs pétrolier et minier. Le premier est pour le moins essentiel au Venezuela puisque le pétrole contribue à hauteur de 96 % des recettes du pays. Le Venezuela est dépendant de l’or noir et a vu sa production baisser fortement au cours des dernières années. L’économie tourne au ralenti contrairement à l’inflation qui va certainement passer la barre de 1 300 000 % en 2018 (selon le FMI).

Le Venezuela va mal et l’attitude hostile des Etats-Unis n’y est pas étrangère. Un embargo et une volonté manifeste de détruire son potentiel dans le secteur pétrolier sont des actes d’une guerre qui ne dit pas son nom. Maduro cherche donc des soutiens et peut s’appuyer sur la Russie, mais aussi sur la Chine, son premier bailleur de fonds avec Moscou. L’Empire du Milieu convoite les barils de pétrole vénézuélien et c’est d’ailleurs sur cette richesse que mise le président Maduro pour redresser le système monétaire.

Cet été, le petro a été lancé par les autorités vénézuéliennes avec pour objectif de stabiliser le cours de la monnaie nationale (le bolivar). Le petro est la première cryptomonnaie au monde à être lancée par un Etat. C’est une cryptomonnaie qui n’est pas l’objet de la spéculation, mais est « indexée sur les cours du pétrole ». Un système plus indépendant et moins facilement friable qu’une crypto ou monnaie classique. Le petro doit encore faire preuve de résilience, mais il est une solution intéressante dans la lutte financière mondiale à laquelle est acculée Caracas par Washington.

 

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