Gabon : Maixent Accrombessi et Madeleine Berre au service de la diversification économique

Gabon : Maixent Accrombessi et Madeleine Berre au service de la diversification économique

Le classement 2014 du World Economic Forum attribue au Gabon le 12ème rang africain, et de fait le pays a rejoint le club des pays les plus développés d’Afrique. Une dynamique qu’il souhaite prolonger. Le gouvernement gabonais à d’ores et déjà présenté sa planification stratégique pour la transformation des structures de production de son économie, témoignant d’une vision claire et ambitieuse de l’avenir. Dans le contexte régional morose, si on peut se féliciter de cette réussite, on ne doit toutefois pas s’en satisfaire : le chemin est encore long avant que tous les indicateurs socio-économiques ne soient au vert. Une mission que prennent très à coeur certains alliés d’Ali Bongo, au premier rang desquels Maixent Accrombessi et Madeleine Berre. 

Développement rapide, mais encore trop dépendant du pétrole

Dans la seconde édition du baromètre annuel des 15 pays subsahariens les plus propices à l’investissement direct des acteurs de la grande distribution publié par le cabinet AT Kearney, le Gabon prend la première place, anciennement occupée par le Rwanda. En dépit de sa taille modeste, limitant les économies d’échelle et les volumes, le Gabon est un pays à ne pas ignorer, en particulier pour les distributeurs spécialisés. Une force que connaît et exploite le gouvernement, qui veut passer à la vitesse supérieure en le faisant passer dans le club des pays « émergents » et ne lésine pas sur les moyens. Le plan « Gabon Emergent » prévoit des centaines de kilomètres de nouvelles routes goudronnées d’ici 2020. Le réseau électrique actuel, depuis longtemps le maillon faible de l’économie gabonaise, a plus que doublé ces cinq dernières années, son extension devrait s’accélérer dans les années à venir.

Après la récession observée en 2009 (-1,1%), la reprise a été au rendez-vous dès 2010. Avec un PIB par habitant d’environ 10 000 dollars par an, une population urbanisée à 86% et une classe moyenne qui évolue dans un environnement jugé stable – contrairement à beaucoup d’autres pays de la région, la paix sociale y règne depuis des décennies – le Gabon multiplie les augures positifs. Le pays affiche un niveau de revenu par habitant parmi les plus élevés du continent africain, proche de $10.000 en 2014. Sa croissance s’est établie à 5.1 % la même année, en léger recul par rapport à 2013 (5.6 %), mais les perspectives restent bonnes, avec une projection de croissance à 4.6 % pour 2015 et 4.7 % pour 2016. Ce ralentissement demeure très raisonnable compte tenu du contexte tendu pour la croissance en Afrique centrale. Comme la plupart des pays de la région, l’économie gabonaise repose principalement  sur ses ressources en matières premières, dont le cours s’est globalement effondré ces derniers mois.

Cette tendance est particulièrement avérée en ce qui concerne le pétrole. En 2014, le poids du pétrole atteint 39,3% du PIB, 85% des recettes d’exportation et 49% des recettes budgétaires au Gabon. Cette dépendance à l’or noir a ralenti la croissance du pays, à cause de son prix artificiellement gardé bas par l’OPEP et la concurrence nouvelle du gaz de schiste, ainsi que les perspectives d’un retour de l’Iran sur le marché après les accords sur le nucléaire censés mettre un terme aux sanctions dont il faisait l’objet. L’impact de la baisse des prix du pétrole sur les finances publiques souligne une nouvelle fois la vulnérabilité du Gabon face aux chocs externes. La chute des recettes pétrolières a conduit les autorités à réviser le budget de l’État de 11.4 % à la baisse. Cette contraction a pénalisé, avec des retards de paiement, la situation financière des petites et moyennes entreprises (PME), dont l’État constitue le principal client.

Madeleine Berre, Maixent Accrombessi et autres bonnes volontés à la manœuvre

Le fléchissement des prix du pétrole représente un choc dur pour le Gabon, qui a vu sa note souveraine baisser d’un cran, passant de « BB- » à « B+ » le 13 février 2015. Par ailleurs, au-delà du progrès global, on peut déplorer que d’importantes inégalités demeures dans la société gabonaise : plus du tiers des 1,8 million d’habitants vit dans la pauvreté. Moins développé, le secteur privé n’est pas en mesure de prendre le relais de l’Etat pour financer les grands investissements qui soutiennent le plan « Gabon Emergent ». Cette conjoncture difficile ne place toutefois pas l’objectif de « l’émergence » hors de portée, d’autant que les choix à court terme du gouvernement et des investisseurs privés ont jusqu’à maintenant été les bons. Le pays peut se féliciter de compter dans ses rangs un certain nombre de bonnes fées, qui ont largement contribué à l’élaboration de la ligne de conduite qui a permis à pays de sortir la tête de l’eau.

Madeleine Berre, présidente de la Confédération patronale gabonaise (CPG), est l’une de ces figures. Le fait qu’elle ait accepté de diriger le ministère du Commerce, des Petites et moyennes entreprises, de l’Artisanat, du Tourisme et du Développement des services ne peut que présager du bon pour ce secteur, tant cette femme de poigne s’est illustrée jusqu’à présent par sa gestion sans faille de dossiers délicats. Au sommet de sa to do list, la diversification de l’économie gabonaise par la dynamisation des PME et des services.

Maixent Accrombessi peut lui aussi se vanter d’avoir été une pièce maîtresse dans les réformes ayant permis de sortir le Gabon du lot. En charge des gros dossiers du pays, avec pour objectif de « rationaliser les dépenses », c’est largement à ce proche conseiller de la présidence que l’on doit la résistance de l’économie du pays à la chute du prix du pétrole. Ce chantre du « libéralisme patriotique » a en effet largement soutenu l’initiative privée afin de libérer les énergies créatives du Gabon. Ce dernier est convaincu de la nécessité de transformer en profondeur la structure des économies africaines, et semble y employer toute son énergie.

Conformément aux conclusions du séminaire gouvernemental tenu à la Pointe-Denis et d’après les recommandations du FMI pour relancer la croissance et viabiliser les finances publiques, le Gabon procédera en 2015 à des ajustements budgétaires. Si des progrès restent en effet à faire, le Gabon est sur la bonne voie. Le pays figure parmi les économies africaines à disposer d’un cadre financier prometteur et, à moyen terme au moins, les perspectives de croissance sont estimées robustes. Depuis 2009, le régime d’Ali Bongo a permis d’offrir aux Gabonais de créer plus de richesses, plus d’opportunités d’emplois, mieux diversifiées. On peut d’ores et déjà se féliciter qu’il ait su identifier et dépasser un certain nombre de blocages à la croissance (sous-productivité agricole, faiblesse du tissu industriel de transformation des ressources naturelles, ressources humaines insuffisamment qualifiées et adaptées aux besoins nationaux, pesanteurs administratives…). L’avenir nous dira dans quelle mesure le Gabon aura réussi à mobiliser les ressources humaines, financières et techniques nécessaires pour renforcer sa dynamique d’émergence.

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