Djibouti : nouvelle défaite judiciaire pour IOG

Djibouti : nouvelle défaite judiciaire pour IOG

Dans la guerre qu’il a déclarée à l’opposant Abdourahman Boreh, Ismaïl Omar Guelleh vient de perdre une énième bataille devant la Cour internationale d’arbitrage. Débouté une nouvelle fois dans cette affaire qui l’oppose à l’opérateur portuaire DP World, le président djiboutien, qui a déjà laissé près de 100 millions de dollars publics dans cette « vendetta » personnelle, entretient des relations diplomatiques de plus en plus tendues avec les partenaires historiques de Djibouti.

Arbitrée le 21 février 2017 en faveur de l’accusé, l’affaire Djibouti vs. DP World trouve son origine en 2000 via l’accord entre l’État djiboutien et la filiale portuaire de la holding gouvernementale Dubaï World. En charge de gérer l’activité des ports et de la zone franche de Djibouti, Abourahman Boreh, homme d’affaires et ami du président djiboutien, est accusé par ce dernier d’avoir touché plusieurs dizaines de millions de dollars afin de faciliter l’obtention par DP World de la concession du port de Doraleh pour une durée de 50 ans. Lors de son dernier jugement à Londres, la Cour international d’arbitrage a statué en faveur de DP World, arguant que « M. Boreh n’a, à aucun moment, rompu son devoir de probité envers Djibouti ».

L’affaire faisait suite à une série de coûteuses actions en justice engagées par IOG, qui depuis 2009 a poursuivi son ancien conseiller pour des faits de terrorisme, de trahison et de corruption. En exil depuis 2008 à la suite d’un désaccord avec IOG sur son projet de réforme de la constitution pour se présenter à un troisième ‒ puis un quatrième ‒ mandat, Abdourahman Boreh a été condamné en 2008 à 15 ans de prison par la justice djiboutienne. Il a été à chaque fois innocenté par les tribunaux internationaux, autant de décisions qui devraient coûter à l’État djiboutien plus de 90 millions de dollars en frais de justice et d’indemnisation.

Les relations dégradées de Djibouti avec les Émirats arabes unis et les alliés occidentaux

Outre les importantes sommes perdues sur le terrain judiciaire, les attaques d’IOG ont également coûté à Djibouti son partenariat avec les Émirats arabes unis, dont les projets sur place sont gelés. Les relations entre les deux pays se sont en effet progressivement dégradées, à l’image de celles avec les alliés historiques djiboutiens.

Au pouvoir depuis 1999 après avoir succédé à son oncle, IOG est également en délicatesse avec la France et a tourné le dos à son plus grand allié occidental jusqu’alors : les États-Unis. Malgré les récents investissements massifs des Américains dans une base militaire en 2002 puis le port d’Obock en 2009, Washington a été sommé de quitter les lieux pour laisser la place à la Chine, le nouveau partenaire fort de Djibouti. Le président djiboutien ne tarit pas l’éloge sur Pékin, « un des plus gros investisseurs dans le pays », à qui il a même fait cadeau d’installations militaires. 10 000 soldats pourraient y être déployés dès fin 2017.

La Chine, ce nouveau mais dangereux « allié stratégique »

Point stratégique tant au niveau géopolitique ‒ face au golfe persique ‒ que commercial ‒ passage de 40 % du trafic maritime mondial ‒, Djibouti accueille à bras ouvert les multiples projets chinois sur son territoire : futur port international de Doraleh, terminal pétrolier, oléoduc, construction de voies ferrées et de routes vers l’Éthiopie. « Ce que nous recevons de la Chine est beaucoup plus important que n’importe quel autre partenaire de longue date », a justifié le ministre djiboutien des finances, Ilyas Moussa Dawaleh, qui qualifie d’ailleurs la Chine d’ « allié stratégique ». Il n’en fallait guère plus pour envenimer les relations sino-américaines, déjà crispées par le conflit diplomatique autour des eaux internationales au sud de la Mer de Chine.

Les rapports entre les deux plus grandes puissances mondiales sont d’ailleurs loin de se réchauffer depuis l’investiture de Donald Trump à la Maison blanche fin janvier. « Ennemi » déclaré de Pékin, dont il a dénoncé la « dangerosité » dans son livre Time to get tough: making Americain #1 again, le président américain a été alerté par Pete Hoekstra, ancien président de la Chambre des représentants, des dangers de l’influence grandissante de la Chine à Djibouti. Si les États-Unis lorgnent déjà sur d’autres pays pour étendre leur présence militaire sur le continent africain, Djibouti pourrait payer cher la rivalité entre la Chine et les États-Unis.

Certains y voient la raison du départ ou de la baisse d’activité de plusieurs grands groupes occidentaux comme Total, Exxon Mobil, Shell, BNP, Crédit agricole ainsi que des sociétés d’assurance. Un manque à gagner non négligeable, voire indispensable, pour cette nation de la Corne de l’Afrique, où le taux de pauvreté relative touche encore 79,4 % de la population…

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