Pourquoi les Européens doivent soutenir l’Ouzbékistan

Pourquoi les Européens doivent soutenir l’Ouzbékistan

La visite en France du président ouzbek, qui libéralise et réforme son pays en profondeur, doit être l’occasion pour la France et l’Europe de renforcer leurs relations avec ce pays.

Pour la première fois depuis son élection, le président ouzbek, Shavkat Mirziyoyev, se rendra en visite officielle en France les 8 et 9 octobre prochains. Signe de l’importance qu’il accorde à ce déplacement, notre pays sera le premier que le nouvel homme fort de Tachkent visitera au sein de l’Union européenne (UE) depuis son arrivée au pouvoir, en décembre 2016. Qui est l’homme que rencontrera Emmanuel Macron ? Quelle politique mène-t-il en Ouzbékistan et quelles sont ses ambitions à l’international ?

L’artisan de la Perestroïka ouzbèke

Chavkat Mirzioïev a succédé il y a presque deux ans à Islam Karimov, l’aussi emblématique qu’indéboulonnable président de l’Ouzbékistan — avant de mourir, le dirigeant a régné pendant plus d’un quart de siècle sur ce pays de 32 millions d’âmes, grand comme la Californie. Mirzioïev fut son Premier ministre pendant quatorze ans, un record de stabilité dans un régime où aucune personnalité politique ne restait en poste plus de cinq ou six ans. S’il n’a donc rien d’un perdreau de l’année, le nouveau président doit assumer l’héritage complexe de son prédécesseur.

Shavkat Mirziyoyev

Shavkat Mirziyoyev

À l’instar de ses voisins, l’Ouzbékistan fait face à de nombreux et urgents problèmes : pauvreté, trafic de drogue, extrémisme islamique, et gestion problématique de l’eau. Sans perdre de temps, Chavkat Mirzioïev s’est attelé à la tâche, entraînant son pays sur la voie d’importantes réformes d’inspiration libérale ; mais pas question, pour autant, de thérapies de choc telles qu’elles furent appliquées après la chute de l’URSS.

La monnaie nationale, le sum, est devenue convertible et les hommes d’affaires sont désormais autorisés à conserver leurs revenus en devises. Les monopoles d’exportation ont été levés, de même que les restrictions sur l’utilisation des transports. Les surfaces agricoles dédiées au coton ont commencé à être réduites pour faire place à la culture maraîchère. Enfin, le travail forcé dans l’agriculture a longtemps été un véritable fléau dans le pays. Il est désormais formellement interdit et l’Organisation Internationale du Travail a salué les efforts en ce sens.

Shavkat Mirziyoyev a également entrepris une série de réformes politiques et administratives d’ampleur. Les cadres de diverses administrations ont été remplacés (plus de 700 rien qu’au ministère des Finances) et une vingtaine de dirigeants régionaux ont été limogés. Surtout, le président s’est attaqué à la forteresse que représente la Sécurité nationale, le SNB, rebaptisé service de sécurité de l’État. Véritable État dans l’État sous l’ère Karimov, le SNB exerçait un contrôle absolu sur l’économie ouzbèke, tout en réprimant impitoyablement les opposants au régime.

Signe du dégel, la reprise en main des services de sécurité s’est traduite par la libération de 27 prisonniers politiques, dont l’un avait passé 19 ans derrière les barreaux. La presse peut, dans une certaine mesure, critiquer le pouvoir au niveau régional, et certains journaux occidentaux, comme Le Monde, sont à nouveau bienvenus sur le territoire. Idem pour des ONG, comme Human Rights Watch ou le Comité international de la Croix-Rouge. Et, si les opposants politiques sont toujours poursuivis, au moins peuvent-ils témoigner de leurs conditions d’incarcération au cours de procès désormais publics, et ouverts à la presse.

« Bien sûr, les profondes réformes engagées depuis un an et demi et l’éradication de la corruption créent des résistances, analyse Sodik Safoïev, vice-président su Sénat ouzbek. Au sein de l’establishment, certains pensent qu’un petit groupe qui contrôlait tout était bien mieux, mais le président est un homme pragmatique, ouvert au dialogue et au compromis ». Même son de cloche pour un expert occidental cité par Le Monde, selon qui Chavkat Mirzioïev « est beaucoup plus réaliste que son prédécesseur. (Il) est surtout conscient que, s’il veut développer l’économie et attirer des investisseurs étrangers, il faut améliorer l’image du pays ».

Un pays que les Européens devraient soutenir

Enfin, Shavkat Mirziyoyev a renoué les relations qu’Islam Karimov avait systématiquement défaites avec ses voisins que sont le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et le Turkménistan. Les droits de douane ont été réduits, voire supprimés pour les particuliers, et des points de passage ouverts le long de frontières autrefois hermétiques. De retour sur la scène internationale, l’Ouzbékistan poursuit une politique d’indépendance et d’équilibre avec les grandes puissances mondiales, au premier rang desquelles la Chine et la Russie. Le pays s’est aussi illustré dans le règlement de la crise afghane, le président Mirzioïev endossant un rôle de médiateur entre Kaboul et les talibans.

Lors de sa tournée européenne, Chavkat Mirzioïev aura certainement à cœur de renforcer les relations entre son pays et l’UE, qui restent modestes, et se limitent pour l’heure au versement de 168 millions d’euros sur six ans au titre de l’Instrument de coopération et de développement (ICD) de l’UE — ICD auquel la France contribue à hauteur de 17,6 %. Emmanuel Macron aurait donc tout intérêt à miser sur cette si symbolique première visite européenne pour relancer nos relations avec l’Ouzbékistan.

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