Où en est le renouvelable en Ecosse ?

Où en est le renouvelable en Ecosse ?

Longtemps exploitées pour leurs réserves en pétrole et en gaz, les eaux écossaises de la mer du Nord devraient continuer d’assurer l’approvisionnement énergétique du Royaume-Uni, avec toutefois quelques changements notables. L’éolien, l’hydrolien et l’houlomotricité se développent rapidement dans cette région et proposent désormais des alternatives propres et durables à l’exploitation des combustibles fossiles. L’Ecosse, de manière générale, s’impose depuis plusieurs années comme un nouveau réservoir d’énergies renouvelables et poursuit à un rythme inédit sa transition énergétique afin de bénéficier d’ici à 2020 d’un mix électrique totalement vert. 

Un potentiel renouvelable sans équivalent en Europe

Le 3 novembre dernier, le groupe pétrolier norvégien Statoil annonçait la construction avant fin 2017 du plus important parc éolien flottant off-shore de la planète au large de l’Ecosse pour une production attendue de 135 GWh par an. Une première mondiale qui confirme un peu plus le nouveau statut de l’Ecosse en matière d’énergies renouvelables.

Disposant de ressources considérables, en particulier au nord de l’île où l’océan Atlantique et la mer du Nord se rencontrent et créent vents, vagues et forts courants marins, le pays entend mettre à profit dans les plus brefs délais l’ensemble de ses façades maritimes, garantissant 25% des ressources de l’Union européenne dans l’hydrolien et un fort potentiel houlomoteur. Le gisement hydrolien et houlomoteur à lui seul, à savoir hors éolien, serait en mesure de couvrir plus de 20% de la consommation électrique nationale.

La filière éolienne est également très prometteuse. Des vents d’une régularité exceptionnelle permettent à certains parcs d’atteindre des rendements de 40% contre 25% en moyenne dans le reste de l’UE, et les côtes et highlands pourraient fournir jusqu’à 45 TWh/an onshore et 82 TWh/an offshore, selon les dernières estimations. En matière d’hydroélectricité enfin, les reliefs ont permis jusqu’à aujourd’hui d’exploiter une bonne partie du potentiel hydroélectrique mais 1,2 GW pourrait encore être installé sous forme de petites centrales ou de micro-génération.

Comme l’explique Fergus Ewing, ministre de l’Energie, des Entreprises et du Tourisme au sein du gouvernement écossais, « nous sommes la nation la plus riche en énergie par tête en Europe. Nous représentons 8% de la population du Royaume-Uni, 1% de celle de l’Union européenne, mais nous possédons 90% de la capacité hydroélectrique britannique, la plus grande réserve pétrolière de l’UE, 25% du potentiel éolien offshore de l’UE et 10% de son potentiel en matière d’énergie des vagues ».

Un fort potentiel donc que le gouvernement entend bien exploiter pour devenir dans les prochaines années la première nation européenne du renouvelable. Selon les objectifs fixés en 2011, l’Ecosse prévoit d’atteindre avant 2016 plus de 50% d’énergie consommée produite par le renouvelable et plus de 100% à l’horizon 2020. Un palier qui lui permettrait de réduire de 90% ses émissions de CO2, faisant de l’Ecosse un exemple à suivre dans le cadre des négociations climatiques à venir.

Un cadre législatif favorable au développement des renouvelables

Pour cela, les gouvernement successifs ont mis un place depuis le début des années 2000 un cadre législatif largement favorable au développement des énergies renouvelables. La « Renewables Obligation » par exemple, introduit dès 2002, a pour objectif d’inviter les fournisseurs d’électricité à s’approvisionner via des sources d’énergie renouvelable. Chaque année, les fournisseurs d’électricité avaient donc pour obligation de fournir une certaine proportion d’électricité renouvelable, augmentant progressivement (3% de l’électricité vendue en 2002, 11,1% en 2010, 15,4% en 2015…) et matérialisée par des certificats ROCs (Renewables Obligation Certificates).

Encouragés par ce cadre réglementaire incitatif, les fournisseurs d’énergies se sont engagés peu à peu dans ces nouvelles filières industrielles. Les entreprises qui travaillaient dans les hydrocarbures consacrent désormais une partie de leur chiffre d’affaires aux renouvelables et investissent pour cela dans toute l’Ecosse créant de l’activité et donc des emplois. Le projet éolien flottant de Statoil n’est qu’un exemple parmi d’autres et nombreux sont les producteurs à investir dans les énergies vertes.

Les français ne sont d’ailleurs pas en reste. Le groupe EDF dispose déjà de plusieurs fermes éoliennes au Royaume-Uni et en Ecosse (le parc éolien de Burnfoot Hill de 26,7 MW dans la localité de Burnfoot North, au centre de l’Ecosse par exemple) via sa filiale britannique EDF Energy Renewables, et vient d’acquérir la semaine dernière, le projet éolien de Dorenell dans la région de Moray d’une capacité minimale de 177 MW. « L’acquisition puis la construction à venir de ce projet renforce encore les positions d’EDF Énergies Nouvelles en Écosse, territoire britannique à fortes ambitions dans le domaine des énergies renouvelables », s’est félicité le groupe.

De son côté, Alstom et SSE Renewables se sont lancés en 2012 dans une co-entreprise afin de développer conjointement la plus grande usine marémotrice du monde au large des côtes écossaises. Alstom a également signé un accord pour racheter Tidal Generation Limited (TGL), spécialisée dans la conception et la fabrication de turbines de courant de marée.

Tandis qu’approche la fin des tarifs réglementés de l’énergie en France – au 1er janvier 2016 –, les distributeurs d’électricité seront de plus en plus incités à se tourner vers une production « verte », facilitant ainsi le développement des énergies renouvelables, dont l’hydraulique est le fer de lance. L’Ecosse est, à ce titre, un modèle à suivre – même si tous les pays ne jouissent pas des mêmes conditions naturelles –, d’autant plus que va s’ouvrir, dans quelques jours, la COP21.

Crédits photo : Akaoka

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