Au Royaume-Uni, la transition énergétique passe aussi par le nucléaire

Au Royaume-Uni, la transition énergétique passe aussi par le nucléaire

La société NuGeneration (NuGen), coentreprise du Français Engie et du Japonais Toshiba, a fourni début juin quelques précisions quant à l’avancée de ses projets liés à l’atome au Royaume-Uni. La centrale de Moorside pourrait mettre en service son premier réacteur à l’horizon 2025, marquant ainsi une nouvelle étape dans le programme de développement nucléaire britannique. Londres n’a en effet jamais caché sa volonté de faire de l’atome un élément déterminant de son mix énergétique futur et prévoit dans ce cadre le renouvellement progressif de son parc de production. 

Brièvement interrompu entre 1995 et 2004 par l’arrivée du pétrole et du gaz en mer du Nord, le développement de l’énergie nucléaire outre-Manche a repris de plus belle dès 2011. Et ce pour faire face à l’impérieuse nécessité de lutter contre le changement climatique. Un engagement qui s’est traduit par une loi, l’Electricity Market Reform, qui reconnaît le nucléaire comme une énergie bas-carbone et qui devra contribuer « de manière significative » à la réduction des émissions de CO2, aux côtés des énergies renouvelables.

Stratégie à trois piliers

Au-delà de la seule question climatique, le pays – qui fait face actuellement à la diminution de ses ressources fossiles en mer du Nord – doit en priorité assurer sa sécurité d’approvisionnement. Le choix du renouvellement ou non du parc nucléaire britannique implique donc également la sécurité de l’approvisionnement énergétique national, qui conditionne, entre autres, la compétitivité de ses industries sur la scène internationale.

Sans renouvellement du parc nucléaire, le Royaume-Uni se trouverait dans l’obligation de remplacer environ 20 % de sa production d’électricité, et plus encore depuis que le gouvernement a annoncé la fermeture progressive des centrales au charbon d’ici 2025. Un fardeau bien trop lourd à porter pour le réseau électrique britannique et les millions de foyers menacés par une alimentation électrique insuffisante dès 2025 en cas d’arrêt des réacteurs.

« Le nucléaire est l’un des trois piliers de la stratégie énergétique à long terme du Royaume-Uni, aux côtés des centrales à gaz et des énergies renouvelables », analyse pour Capital Coralie Laurencin, du cabinet spécialisé IHS Energy.

Engie-Toshiba, EDF-CGN : le nucléaire attire les coentreprises

Le Royaume-Uni a donc parié sans ambiguïté sur le renouvellement de son parc nucléaire pour assurer ses besoins énergétiques futurs, et projette de construire environ 16 GWe de capacité nucléaire, soit l’équivalent d’une dizaine de réacteurs. En effet, s’il est bien souvent au centre des attentions, le projet d’EPR à Hinkley Point, porté par le groupe EDF – en cours de finalisation –, n’est pas la seule option choisie par le gouvernement britannique pour maintenir une part élevée d’énergie nucléaire dans son mix électrique national.

Pour pallier la fermeture progressive des centrales à charbon, actée à la fin de l’année dernière, les centrales nucléaires, non émettrices de CO2, seront donc progressivement renforcées. Plusieurs centrales ont déjà vu leur durée de vie prolongée de cinq ans dont les sites EDF de Heysham (1 et 2), de Hartlepool ou de Torness, et de nouvelles installations devraient voir le jour dans la prochaine décennie. Deux autres consortiums prévoient notamment de construire des centrales nucléaires en Grande-Bretagne. D’une part NuGen, la coentreprise de Westinghouse, filiale du Japonais Toshiba, et du Français Engie, et de l’autre Horizon, filiale du Japonais Hitachi.

« Le projet Moorside est toujours en phase de développement et nous restons en bonne voie pour prendre la décision finale d’investissement en 2018 », a commenté récemment un porte-parole de NuGeneration, espérant ainsi une mise en service du premier réacteur en 2025. Ce projet prévoit la construction de capacités allant jusqu’à 3,8 gigawatts à Sellafield, dans le comté de Cumbrie, dans le Nord-Ouest de l’Angleterre, avec trois réacteurs AP-1000 conçus par l’américain Westinghouse. Il couvrira 7 % des besoins en électricité prévus au Royaume-Uni, permettant ainsi d’alimenter près de six millions de personnes. Le groupe Horizon prévoit pour sa part un démarrage de sa centrale galloise de Wylfa entre 2020 et 2025

Le projet Hinkley Point C, porté par les entreprises publiques française EDF et chinoise CGN, prévoit quant à lui la construction de deux réacteurs de type EPR dans le Sud-Ouest de l’Angleterre pour 18 milliards de livres (25,5 milliards d’euros). Ces deux réacteurs nouvelle génération constitueront la première construction de centrale nucléaire dans le pays depuis vingt ans.

Crédits photo : Suzanne Plunkett/Reuters

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