Menace iranienne : Israël a de plus en plus d’amis arabes

Menace iranienne : Israël a de plus en plus d’amis arabes

Orchestré par Jared Kushner, le gendre du président américain, le rapprochement entre Israël et le monde arabe prend forme un peu plus chaque jour pour faire face à la menace iranienne. Principal relais de cette récente alliance, l’Arabie saoudite fait ouvertement les yeux doux à l’État hébreu, quitte à mettre de côté la cause palestinienne.

 

L’information est passée inaperçue, et pourtant elle est historique pour le monde arabe : Israël et les Émirats arabes unis ont participé à un exercice militaire conjoint, fin mars, en Grèce. Révélée par plusieurs clichés révélant un Mirage 2000-9 émirati aux côtés de quatre F-16C et d’un B-200 israéliens sur la base grecque d’Iniohos, la répétition s’est également déroulée en présence d’appareils des armées américaine, italienne, britannique et chypriote.


Selon le quotidien israélien Haaretz, ce n’est pas la première fois que l’État hébreu et les EAU prennent part à un tel exercice en Grèce, malgré l’absence de relations diplomatiques entre les deux pays. Une collaboration militaire discrète, mais révolutionnaire entre Israël et l’un des pays arabes les plus riches et les plus actifs diplomatiquement. Un rapprochement qui fait écho aux déclarations-chocs du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) lors de sa dernière visite à New York.

Le 27 mars, lors d’une réunion avec des responsables juifs américains, MBS a sévèrement critiqué les leaders palestiniens, accusé de ne pas avoir saisi les occasions offertes par Israël de faire la paix. « Pendant les 40 dernières années, les autorités palestiniennes ont manqué des opportunités, encore et encore, et rejeté toutes les autres qui lui ont été offertes, a déclaré le dignitaire saoudien. Il est temps que les Palestiniens acceptent les offres et acceptent de venir à la table des négociations — ou ils devraient se taire et arrêter de se plaindre », ajoutant que « la question palestinienne n’était pas la priorité du gouvernement saoudien » et qu’« il y avait des problèmes beaucoup plus urgents et importants à traiter, comme l’Iran ». Sans précédent, les déclarations du dirigeant saoudien mettent clairement la pression sur le gouvernement palestinien. MBS est même allé plus loin en faveur de l’État hébreu. Dans une interview accordée au magazine américain The Atlantic, le prince héritier a estimé qu’Israël avait le « droit » à un territoire sur lequel il pouvait vivre en paix. « Je pense que les Palestiniens et les Israéliens ont le droit à leur propre terre. Mais nous devons obtenir un accord de paix pour garantir la stabilité de chacun et entretenir des relations normales, a-t-il expliqué. Nous avons des inquiétudes religieuses concernant la mosquée sacrée à Jérusalem et concernant le droit des Palestiniens. Nous n’avons pas d’objection contre aucun peuple. » Une prise de position qui semble marquer la volonté des autorités saoudiennes de mettre fin à la rivalité entre le monde musulman et Israël, qui dure depuis 70 ans. Selon des sources citées par L’Express, « les dirigeants juifs seraient tombés de leurs chaises » en entendant MBS tenir ces propos à New York…

 

Le grand écart de l’Arabie saoudite

La sortie médiatique de MBS n’intervient pas à n’importe quel moment. Alors que l’Arabie saoudite est ouvertement en conflit avec l’Iran et que la tournée américaine de MBS ressemble à une campagne contre l’influence de Téhéran, le rapprochement entre Riyad et l’État hébreu fait aujourd’hui l’objet de nombreuses spéculations. En avril, le royaume wahhabite a en effet ouvert pour la première fois son espace commercial aérien à des vols israéliens. En novembre, un membre du gouvernement israélien avait également révélé que des contrats secrets existaient avec l’Arabie saoudite. « Il y a beaucoup d’intérêts que nous partageons avec Israël, et s’il y a la paix, il y aura beaucoup d’intérêts entre Israël et les pays du Conseil de coopération du Golfe », a d’ailleurs confié MBS.

Au nom de la lutte contre l’Iran, l’Arabie saoudite et les EAU seraient donc prêts à abandonner la cause palestinienne pour favoriser leurs intérêts avec l’État hébreu. Lors de son déplacement outre-Atlantique, MBS n’a pas caché sa volonté de trouver une solution au conflit israélo-palestinien, comme celle proposée par Washington. Sous l’impulsion de Jared Kushner, le gendre de confession juive du président américain Donald Trump, un plan de paix a même été élaboré. Les autorités saoudiennes comptent bien forcer la main aux leaders palestiniens, avec qui ils entretiennent des rapports de longue date, pour accepter cette paix, quel qu’en soit le prix. Une manière pour Riyad de revenir au cœur du jeu diplomatique et de s’assurer de nouveaux alliés pour faire face au « croissant chiite ». Une véritable nécessité pour l’Arabie saoudite, qui encaisse défaite sur défaite depuis plusieurs années : au Yémen, ses troupes sont enlisées, en Syrie les rebelles islamistes qu’elles soutenaient ont été écrasés par l’armée régulière et l’offensive diplomatique orchestrée contre le Qatar n’a nullement ébranlé le petit émirat.

Une stratégie risquée de la part des Saoudiens et des Émiratis : si leurs élites politiques font les yeux doux à Benyamin Netanyahou, leurs populations respectives restent encore très attachées à la cause palestinienne.

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