Djibouti : le jeu dangereux d’IOG

Djibouti : le jeu dangereux d’IOG

Bâillonnant et réprimant sa population tout en s’enrichissant de manière indue, le régime de Djibouti mène une politique économique dangereuse, brisant les contrats qui le liaient à des entreprises comme DP World pour mieux se vendre à la Chine. Au risque de voir exploser une dette bientôt ingérable.

Les biens mal acquis font reparler d’eux. En France, une enquête visant l’entourage du président de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh, a été ouverte par l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF). Elle fait suite à la plainte déposée le 16 octobre dernier par l’ONG Sherpa et le Collectif européen de la diaspora djiboutienne (CEDD) « pour abus de biens sociaux, détournement de fonds publics, abus de confiance et corruption d’agents publics étrangers ». « Personne ne peut croire sérieusement que ces biens immobiliers (…) ont pu être acquis par le seul fruit du salaire des membres de la famille » du président de Djibouti, détaille la plainte.

Au pouvoir depuis 18 ans, celui que l’on surnomme IOG règne d’une main de fer sur ce petit pays d’à peine un million d’habitants, dont 23% vivent dans une pauvreté extrême, selon la Banque mondiale. Comme le dénonce le défenseur des droits de l’Homme Omar Ali Ewado dans les colonnes de L’Humanité, la récente visite du président de Djibouti à Paris « n’aura malheureusement aucune incidence positive sur le peuple djiboutien. Il s’agit d’une opération de marketing ». Car « sur le plan intérieur », poursuit l’opposant, « rien ne bouge. Le pouvoir n’a pas l’intention de prendre en marche le train de la démocratisation ». Et M. Ewado de dénoncer une opposition « muselée », une société civile « bâillonnée », les « arrestations de citoyens » et la constante surveillance de la « police politique ».

Revirements d’alliances économiques

Si la situation des droits de l’Homme à Djibouti ne laisse pas d’inquiéter, celle de l’économie du pays est également préoccupante. Certes, le pays bénéficie d’une position géographique tout à fait confortable, étant situé dans la Corne de l’Afrique, à l’entrée de la mer Rouge et face au détroit de Bab-el-Manded, l’un des principaux passages maritimes pour l’approvisionnement énergétique au monde. Un emplacement stratégique pour les grandes puissances qui sont nombreuses, comme la France, les Etats-Unis et même la Chine à disposer de bases militaires sur le territoire djiboutien. Une Chine qui multiplie les investissements à Djibouti, au point de s’imposer comme le premier partenaire commercial du pays.

Comme le rappelle la Docteure en sciences politiques Sonia Le Gouriellec auprès du Monde Arabe, Pékin a d’ores et déjà prêté 1,4 milliards de dollars à Djibouti, ce qui « représente une grande partie de son PIB. Et la dépendance est inquiétante puisque la Chine détient plus de 80% de cette dette ». « On s’inquiète, poursuit l’experte, de la viabilité de la dette, du surendettement du pays et de son impact politique si la Chine voulait utiliser cette dette pour promouvoir des objectifs stratégiques ». Enfin, conclut Mme Le Gouriellec, « le climat des affaires est morose » à Djibouti : « les marchés sont principalement remportés par des entreprises chinoises. La nationalisation récente du port et l’exclusion de DP World, quelle que soit la légitimité ou non de la décision, n’est pas rassurante pour les investisseurs ».

Présente depuis 2006 en vertu d’un contrat d’une durée de trente ans, l’entreprise émiratie DP World, l’un des leaders mondiaux de l’exploitation portuaire, a en effet été « expropriée » en février dernier du port djiboutien de Doraleh par le régime d’IOG après un différend de 6 ans. DP World a porté l’affaire devant la Cour d’arbitrage internationale de Londres qui, en août dernier, lui a donné raison, estimant que le contrat qui la liait à Djibouti était « juridiquement valide et en vigueur ». DP World, qui a investi quelque 400 millions de dollars dans le terminal portuaire, a annoncé se réserver « le droit d’analyser toutes les options découlant de cette sentence arbitrale ».

Djibouti « déjà pratiquement étranglé » par la Chine

Bien qu’indirectement, ce conflit illustre la grandissante mainmise de Pékin sur le continent africain, dont Djibouti n’est qu’une étape de ces « ”nouvelles routes de la soie” qui sont déjà en voie d’endettement critique », selon une tribune publiée dans Le Monde par le spécialiste du commerce extérieur Jacques Gravereau. Estimant que Djibouti est « déjà pratiquement étranglé », l’auteur rappelle que « depuis deux ans la dette publique (djiboutienne), gonflée de prêts chinois, est passée de 50% à 90% du PIB (dont 77% dans les mains chinoises) ». « Que les grands projets chinois poussent des pays peu outillés à un endettement excessif est une conséquence de l’enthousiasme de part et d’autre pour ces projets démesurés, conclut Jacques Gravereau. Mais la simple comparaison des sommes engagées et du risque pour les pays récipiendaires aurait dû sonner l’alarme. L’endettement ne profite à personne ».

 

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