Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé acquittés par la CPI

Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé acquittés par la CPI

Les juges ont estimé que le procureur « n’a pas été capable » d’apporter suffisamment de preuves contre les accusés. Colère et surprise parmi les victimes et les juristes.

La nouvelle a sonné comme un coup de tonnerre pour les victimes des violences postélectorales de 2010 et 2011 en Côte d’Ivoire. La Cour pénale internationale a en effet décidé, mardi 15 janvier, de l’acquittement de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé. « Les juges considèrent que le procureur n’a pas été capable d’apporter suffisamment de preuves pour démontrer que Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé étaient à l’initiative d’un plan commun visant à se maintenir au pouvoir et de ce fait à user de violence pour y parvenir », résume RFI Afrique. La CPI a ordonné la mise en liberté immédiate de l’ancien chef de l’État ivoirien, mais cette dernière a été suspendue à la demande du procureur dans l’attente d’un nouvel appel.

La décision de la CPI est loin de faire l’unanimité. « Nous avons le sentiment que nous sommes trahis par cette institution internationale de justice, alors il est l’heure pour nous d’entrer en action pour démontrer que nous existons bel et bien, et que la Cour pénale internationale a été mise en place pour travailler, punir les auteurs de crimes, offrir la vérité aux victimes, offrir réparation aux victimes et garantir la non répétition de crimes de masse en Côte d’Ivoire », a déclaré Issiaka Diaby, président du collectif des victimes en Côte d’Ivoire.

La CPI « ne parvient pas à faire un travail juridique normal » à propos de Laurent Gbagbo

En 2010, Alassane Ouattara est élu président de Côte d’Ivoire d’après les résultats de la Commission électorale indépendante, certifiés par l’ONU. Mais Laurent Gbagbo, président sortant et reconnu par le Conseil constitutionnel, revendique également la victoire. S’en suivent des affrontements sanglants qui font 3 248 morts, selon le rapport de la Commission d’enquête nationale mise en place après l’investiture d’Alassane Ouattara. Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, l’un de ses plus fidèles ministres, sont accusés d’avoir organisé une campagne de meurtres, de viols, de persécutions et d’autres actes inhumains. Arrêté le 11 avril 2011, l’ancien président est transféré à La Haye en novembre de la même année pour être jugé pour crimes contre l’humanité. Son procès à la CPI s’ouvre le 28 janvier 2016.

L’ancien chef d’État, le premier à avoir été traduit devant la CPI, aura passé plus de sept ans en détention. Ce mardi 15 janvier, il a pris l’annonce de son acquittement « avec calme », selon l’avocat de l’État de Côte d’Ivoire, Jean-Paul Benoît.

Une attitude qui contraste avec celle des victimes mais aussi avec celle de nombreux experts, stupéfaits par ce qu’ils voient comme un nouvel échec de la Cour pénale internationale. C’est notamment l’avis de Céline Bardet, juriste spécialisée dans les questions de crimes de guerre, justice pénale internationale et criminalité transfrontalière. « La Cour pénale internationale est une avancée majeure pour l’humanité et il faut bien garder cela en tête », précise Mme Bardet tout en insistant sur la nécessité de lancer « un vrai débat, un vrai travail afin de comprendre pourquoi la CPI ne parvient pas à faire un travail juridique normal ».

« S’il y a eu des morts, c’est qu’il y a eu des responsables »

Pour la juriste, « ce n’est pas normal que la CPI, avec un budget de 150 millions d’euros, ne parvienne pas à travailler. Que quelqu’un soit arrêté en 2011 et que son procès ne commence qu’en 2016… ce temps n’est pas possible, et cela créé une rupture de confiance avec cette institution qui fonctionne sur de l’argent public… Il y a un problème de compétence, un problème de recrutement. Il y a un véritable problème à la CPI, au sein du bureau du procureur mais également au sein de toute la Cour. Il y a un vrai travail à faire là-dessus et s’il n’est pas fait on n’avancera pas, la Cour restera impuissante », affirme celle qui regrette également l’acquittement, en juin 2018, de Jean-Pierre Bemba, l’ancien vice-président de la République démocratique du Congo et le « sentiment d’impunité complète » sur les dossiers syrien, libyen et sur « plein d’autres pays ».

Les critiques de Céline Bardet font écho aux remarques de Jean-Paul Benoit, qui tient à souligner que la procédure contre Laurent Gbagbo n’est pas terminée et que le procureur va faire appel. « Je ne comprends pas qu’après huit années de détention, des confirmations des charges, des audiences… on s’aperçoive qu’il n’y a absolument rien dans le dossier. Quand j’écoute les juges aujourd’hui, j’ai l’impression que Laurent Gbagbo n’était pas en Côte d’Ivoire pendant la crise, et que tout ce qui s’est passé lui était totalement étranger. Comme s’il n’était pas le chef de l’armée, chef de la police, chef de l’État ! ». Par cet acquittement « la Cour oublie qu’il y a eu plus de 3 000 morts, et que s’il y a eu des morts, c’est qu’il y a eu des responsables », déplore-t-il.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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