Nord Stream 2, le tuyau de la discorde

Nord Stream 2, le tuyau de la discorde

Le projet Nord Stream 2, qui vise à faire transiter le gaz russe vers l’Allemagne sans passer par le continent, suscite des tensions entre Européens, sur fond de préoccupations environnementales.

L’Europe est dépendante du gaz russe pour un tiers de sa consommation. 80% du gaz russe a longtemps transité par l’Ukraine, mais du fait des tensions entre Kiev et Moscou, Gazprom cherche désormais à contourner ce pays. Parmi tous les tracés de contournement évoqués au fil des ans, la route qui passe par la Baltique est devenue le point de passage privilégié. Nord Stream 2 doit doubler les capacités de Nord Stream 1, en fonction depuis 2011. Un tiers du gazoduc de 1250 km a déjà été posé pour une mise en service prévue début 2020. Mais pendant les travaux, la polémique continue.

Nord Stream 2: un projet qui divise les Etats membres

Nord Stream 2 a ravivé les oppositions dans la région, révélé des intérêts économiques divergents et des soupçons de velléités dominatrices de l’Allemagne. Berlin pousse pour que le chantier aboutisse dans les temps, mais se voit accusé depuis le début de jouer en solo afin de contrôler la distribution auprès de ses voisins.

La Pologne et les pays baltes sont parmi les plus en pointe dans l’opposition au projet. Ils redoutent de se voir privés des droits de transit qu’ils facturent pour l’acheminement du gaz russe par leur territoire. La crainte d’un affaiblissement de l’Ukraine est également présente dans toutes les têtes.

En février dernier, les Etats membres se sont mis d’accord pour des règles communes concernant l’approvisionnement en gaz censées apaiser les tensions. Mais les retards se sont accumulés, alors que l’accord de transit entre la Russie et l’Ukraine arrivera à son terme à la fin de l’année. En avril dernier, c’est le Danemark qui a fait de la résistance en refusant d’accorder son permis pour la portion du tuyau censée traverser ses eaux territoriales. Un tracé alternatif est désormais à l’étude.

Un risque pour l’écosystème déjà fragile de la Baltique

Copenhague a motivé son opposition au tracé initial par des préoccupations écologiques, mais il est vraisemblable que le pays a surtout agi par intérêt politique, afin de retarder le chantier. Pendant que les chancelleries s’affrontent sur des enjeux politico-économiques, les questions environnementales semblent passer au second plan

Les risques sont pourtant bien réels. En 2018, les Verts allemands ont fait état de boulettes de graisse toxiques retrouvées sur la côte allemande, dans la baie de Greifswald, point d’arrivée du gazoduc. La crainte de fuites motive nombre d’opposants au projet. C’est elle qui avait poussé l’Estonie à refuser que le premier Nord Stream passe par ses eaux territoriales, au nom du danger qu’un accident aurait fait peser sur la chaîne alimentaire.

La Baltique figure aujourd’hui parmi les écosystèmes marins les plus menacés au monde. L’organisation WWF estime qu’elle subit déjà de plein fouet les effets d’une surexploitation des ressources halieutiques, du transport maritime et des déchets marins. A certains endroits, le réchauffement climatique et les activités humaines ont déjà réduit la concentration en oxygène à des niveaux préjudiciables au maintien de la vie aquatique.

Si bien que certains scientifiques parlent d’elle comme d’une future mer morte. Une catastrophe liée à un gazoduc défaillant aurait tout du coup de grâce. Dans un tel contexte, le spectaculaire incendie qui s’est déclenché à Moscou en début de mois à cause d’une brèche dans un gazoduc n’est pas fait pour rassurer.

Malgré les risques environnementaux et les tensions politiques et commerciales engendrées par le projet, la construction du gazoduc Nord Stream 2 continue pourtant, et n’en finit pas de diviser l’Europe.

 

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