Venezuela : l’opposant Guaido à la recherche d’un nouvel élan

Venezuela : l’opposant Guaido à la recherche d’un nouvel élan

A la suite d’une tournée à l’étranger, le leader de l’opposition vénézuélienne Guaido tente actuellement de rentrer sans encombres dans son pays. Une tournée qu’il a entamé en Colombie avant de rejoindre l’Europe, à la recherche de soutiens politiques comme d’un second souffle. De retour sur le continent américain, il a tenté en vain de rencontrer Trump, tandis que le président vénézuélien Maduro se lançait à Caracas dans un étonnant exercice de contrition, épargnant même le président américain…

Juan Guaido n’a pas hésité à braver pour une seconde fois son interdiction de sortie du territoire. Il en allait probablement de sa survie politique et médiatique, alors que l’opposition qu’il incarne au Venezuela semble s’essouffler, faute d’espoir. L’année 2019 n’a pas vu ses aspirations se réaliser : Maduro et l’armée sont toujours en place, la répression sanglante se poursuit et le pays s’enfonce toujours plus dans une crise aux innombrables visages. Il fallait tenter de rebondir et de donner à 2020 un élan capable de faire évoluer une situation politique qui stagne, en sa défaveur.

La première étape de cette tournée du « Président par intérim » (reconnu par près de 60 États, dont une large majorité de pays latino-américains) a été la Colombie, où il s’est réuni avec le chef d’État Duque et le secrétaire d’État américain Pompeo. Ce dernier a évoqué de nouvelles « actions » contre un régime mis en échec, sans en préciser publiquement la nature. Au final, cette rencontre a peut-être été la plus productive de toute la tournée de Guaido, qui en Europe n’a pas obtenu grand-chose.

Une tournée européenne en demi-teinte

Arrivé en Europe, Juan Guaido a d’abord rencontré le Premier ministre britannique Johnson, avant de rejoindre Bruxelles où il s’est entretenu avec Josep Borrel, Haut Représentant de l’Union Européenne pour les Affaires étrangères. Peu d’informations concrètes ont filtré de ces entretiens, à part la réticence des pays européens à imposer de nouvelles sanctions contre le Venezuela. L’efficacité de sanctions pour faire tomber un régime apparaît en effet très faible.

Après cela est venue l’étape Davos, décriée pour son parti pris idéologique, mais qui semblait inévitable pour rencontrer du monde et obtenir une tribune. Le résultat fut mitigé, les participants au Forum économique mondial ne s’étant bousculés pour l’entendre dénoncer la « dictature » et la « structure criminelle » du régime Maduro, tout comme la « situation d’urgence » d’un pays où « on ne voit pas de bombes, mais où on souffre de la même douleur ».

Est venue ensuite la réunion avec le chef d’État français, qui a appelé « à l’organisation rapide d’une élection présidentielle libre et transparente », ce qui dans la bouche de Guaido s’est transformé « en soutien ferme du président Macron ». En Espagne il n’a pu rencontrer « que » le ministre des Affaires étrangères, alors que le chef du gouvernement Sánchez s’est montré soucieux de ménager les susceptibilités de ses nouveaux alliés pro-Maduro du parti Podemos. Malgré cette considération politicienne sans portée, il s’est vu réaffirmer le soutien du gouvernement espagnol. Des mots flous et un soutien mou qui témoignent d’une grande prudence européenne.

Guaido déçu de ne pas rencontrer Trump

Pendant ce temps, les services de renseignement chavistes perquisitionnaient les bureaux de Guaido et l’opposition s’inquiétait de la création de fausses preuves. Des autorités qui se montrent plus efficaces pour traquer les opposants que pour arrêter les criminels. Pour rappel, le Venezuela est le pays le plus violent d’Amérique, loin devant le Salvador, le Honduras et le Mexique. En contraste avec cette impuissance chronique du gouvernement chaviste, les 18000 morts officielles comptabilisées depuis 2016 pour « résistance à l’autorité », dénoncées comme des « exécutions extrajudiciaires » par l’ONU (« Un nouveau rapport expose en détails la torture et les meurtres pour neutraliser l’opposition ») et Human Rights Watch. L’ONU a aussi publié le chiffre de 5,2 millions de réfugiés vénézuéliens, faisant du pays le deuxième “exportateur” de population au monde, derrière la Syrie.

A l’heure de traverser l’Atlantique, les espoirs de Guaido se tournaient alors vers le président américain Trump, qu’il espérait rencontrer dimanche dernier après une rapide visite au Canada. La dernière étape, Miami, devait être le point culminant de sa tournée, mais la rencontre au sommet avec Trump n’eut pas lieu, bien que celui-ci se trouvait dans les parages pour le Superbowl. Si, à l’occasion d’un meeting, Guaido a été bien reçu par la diaspora vénézuélienne ainsi que des figures du Parti républicain, il demeure dans l’expectative : le Venezuela n’est peut-être pas une priorité pour Trump.

Maduro : « Ce n’est pas la faute de Trump »

Deux jours auparavant, Maduro prononçait un discours étonnant face au Tribunal Suprême de Justice, diffusé par Telesur. Après avoir longuement flatté l’auditoire et le « peuple », puis dénoncé « la décadence morale, la clownerie et la stupidité des ennemis internes et externes de notre Patrie », son discours a soudainement pris une tournure plus intéressante : « Ne nous trompons pas nous-mêmes. Il y a beaucoup de problèmes accumulés qui méritent notre attention et une solution. Il faut reconnaître que les choses vont mal, et ce n’est pas la faute de Trump, c’est notre faute, et nous devons changer tout ce qui va mal. »

Durant le discours d’une trentaine de minutes, Maduro n’a prononcé qu’une seule fois les noms de Trump et Guaido, pour concentrer le feu des critiques sur le président colombien Duque, accusé de soutenir « des groupes terroristes » intervenant au Venezuela. Aussi, dans une interview donnée au Washington Post le mois dernier, Maduro se disait prêt à des négociations directes avec les États-Unis, espérant pouvoir établir une « relation de respect et de dialogue dans un contexte gagnant-gagnant ». Une accalmie sur le front « anti-impérialiste » qui interroge, et qui ne doit pas rassurer Guaido.

Gaëtan Mortier

P.-S. : nous apprenons ce matin que Juan Guaido a été invité en dernière minute au discours sur l’état de l’Union prononcé mardi par Trump. Ce dernier l’a fait applaudir après avoir déclaré que « Maduro est un dirigeant illégitime, un tyran qui brutalise son peuple. Mais l’emprise de Maduro sur la tyrannie sera brisée et détruite. »

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